Catherine Andrieu

L’heure est venue Paname, mon vieux compagnon, vieux chat, pour toi de mourir si l’on en croit les statistiques qui ne font pas l’algèbre du bonheur. Mais ta tête repose doucement sur ma cuisse comme sur un oreiller de plumes d’oiseaux sauvages. L’on en voyait dans la grotte cathédrale des Buttes Chaumont, rappelle-toi. Tu n’étais alors qu’un bébé et c’était mon cœur au bout de la laisse, mon petit cœur que je promenais cinq heures par jour. Et comme nous étions fiers d’être l’un avec l’autre ! Lorsqu’il pleuvait, c’était le marché aux fleurs Secrétan, bien à l’abri. Il y avait dans notre cour le siège du Printemps de Bourges. Comme tu faisais l’admiration de tous ! D’un coup, par toi, j’existais. Non pas en tant qu’artiste, mais parce que tu étais si petit. Treize ans d’amour fou c’est pas des choses qu’on oublie, alors je te regarde dormir. Tu respires paisiblement, calé contre mon corps. Et un jour, toujours calé contre mon corps et rattrapé par les statistiques, tu auras cessé de respirer. Et j’aurai cessé d’aimer.

***

Ce matin-là je m’étais coupé les cheveux

Juste avant de voir ton masque mortuaire

Grimaçant gueule ouverte yeux ouverts

Ton souffle comme seule preuve de ta présence

Les stupéfiants a dit le vétérinaire en te caressant

S’il savait que tu l’aurais abattu d’un seul coup de patte

Toi l’âme de la forêt sauvage

Et te voilà tu n’es pas mort mais mes cheveux

Sont devenus blancs en une seule nuit

Tu as le secret de mes nuits étoilées

La rue illuminée le soir, le manège que tu regardes

Couché sur le balcon les bateaux

Je me mets au piano et nous glissons

Sur l’eau.

***

Tu vois aujourd’hui je couche par terre

Je ne suis qu’un animal

Petite âme qui vagabonde et s’éteint

Ne me pleure pas

Je t’aime

Vois aujourd’hui c’est moi qui couche par terre

Peau contre peau tu es plus qu’un animal

Petite âme petit ange qui s’éteint

Je t’en supplie ne meurs pas

Je t’aime

***

Je n’ai pas même touché le piano

Depuis deux longues semaines

Envolées les quatre heures par jour la liberté

Qu’on avait avec la musique sur la plage

Piano sur l’eau je te regarde glisser piano vers la mort

Toi mon petit ange petit chat aux paupières lourdes

On savait que ça arriverait un jour on disait un jour

C’est trop tôt cet amour de treize ans et pourtant

Ne pas oublier la gratitude envers l’Univers

Par le Dieu Pan c’est déjà infiniment

Tu pars serein et moi on m’arrache à ma vie.

Extraits de  » Piano sur l’eau  » Préface d’Éric Chassefière.

Editions Rafael de Surtis, 2021.

Plus d’infos :

https://www.rafaeldesurtis.fr/

CATHERINE ANDRIEU

Poète et peintre, elle vit en Charente-Maritime.

Plus d’infos : http://catherineandrieu.fr

Auteur : Eric Dubois

Ecrivain, poète, artiste, responsable de la revue de poésie en ligne " Poésie Mag " , président de l'association culturelle " Le Capital des Mots ". Photo: © Frédéric Vignale, 2016.

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