Françoise Van Herreweghe

INTÉRIEUR

Ta peau médium lisait l’intérieur de mes gestes,

Réseau funèbre qui tuait la folie de style et les accords

de jeunesse,

La peau chinoise riait sous couvert ses attraits délurés,

Nos vérités entraient dans le mélange des lumières

Paix qui se creuse au fond des ruelles,

Dans ses lisières repose le ciel noir en vasques d’acier,

Ses déroutes élastiques me faisaient perdre la douleur,

Couchée à l’aube de ses doigts en fuseaux

***

LA CHANSON ENCORE NOUVELLE

Tu me quittes et tu me reviens,

Déesse infidèle aux mille seins neigeux,

La mort vallonnée, ton oeil poussiéreux dormant

les sommeils,

Et qui bercent l’affreux rêve d’être oublié,

Ma conquête fabuleuse dort ainsi,

Et couchant mon buste, elle fait de mes restes,

Les seins, les épaules, le coeur et la tête,

Un corps aux banquets.

Extrait de  » HOPUS FOCUS  » Éditions Unicité, 2022

Plus d’infos : https://www.editions-unicite.fr/auteurs/VAN-HERREWEGHE-Francoise/opus-focus/index.php

FRANÇOISE VAN HERREWEGHE

Poétesse.

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Jennifer Grousselas

Extraits de Arborescences in De souffles et d’éveils, poésie. Préface d’Emmanuel Moses. Éditions Unicité, 2021.

Plus d’infos : http://www.editions-unicite.fr/auteurs/GROUSSELAS-Jennifer/de-souffles-et-d-eveils/index.php

JENNIFER GROUSSELAS

Plus d’infos : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jennifer_Grousselas

https://editions-corlevour.com/project/grousselas-jennifer/

Milena Burjeva

Je regarde mon corps

comme une richesse future de macchabée.

Mes mains sont pures de perdition

et même glissantes.

Je n’aime que les chats

parce qu’ils voient

une chose propre à eux

qui me fait peur.

Traduit du bulgare par Anélia Veléva

***

Dans le paisible chuchotement humain

dans les sourires des mendiants

dormants sur les bancs …

Je découvre la solitude

et je m’éprends du matin

au visage d’un inconnu.

Je me fie aux châtaigniers en fleurs

bien qu’ils incarnent

la plaisanterie d’un piète optimiste

qui les a peints

sous la forme de pierres précieuses

dans un musée aux murs croulants.

Traduit du bulgare par Païssy Hristov

Extraits de Don d’entendre. Traduit du bulgare par Anélia Veléva et Païssy Hristov. Éditions du Cygne, 2021. Collection Poésie du monde ( Bulgarie )

MILENA BURJEVA

Poétesse bulgare.

Plus d’infos :

http://le-capital-des-mots.over-blog.fr/2017/08/le-capital-des-mots-milena-bourjeva.html

Anne Barbusse

Il pleut. Aujourd’hui enfermée. Pas de parc. Il va y avoir des cris. La journée sera difficile. Déjà des disputes hurlées dans les couloirs.

Je savais bien qu’un jour il faudrait que j’écrive à nouveau parce que telle était ma nature. Mais je ne savais pas qui déclencherait l’écrire.

Quel choc émotif.

Les infirmières m’ont sortie des chambres. Dans la salle à manger avec les fumeurs et mon ordinateur. Je cherche une prise électrique. Ils me regardent,  » si tu as besoin de quelque chose, tu le dis « .

La recluse :  » tu fais de l’écriture ?  »

Un autre :  » vous n’auriez pas cinq ou six feuilles, parce que je dois mettre à jour …  » Quand je lui en donne quatre, les dernières :  » il m’en manque deux  » . Le décompte exact.

Puis il me les rend car il ne peut les déposer dans sa chambre fermée pour le ménage. Écrire dans la banalité vulgaire des chansons d’amour de Claude François, apportées par ma voisine, à tue-tête – je me surprends à fredonner – je me raccroche à n’importe quoi , au pire réel – pire ? Le romantisme facile. Même caractère que ma voisine, pour cela que que toutes deux dans la chambre blanche de l’hôpital.

On est tous là. On ne sera jamais guéris. Illusion du soin. Peut-être pourra-t-on seulement vivre un peu plus longtemps. Parmi ceux qui sont là, combien ressortiront d’ici ?

Extrait de  » Les accouchantes nues, Journal psychiatrique « . Éditions Unicité, 2022. Couverture : © Éric Dubois.

ANNE BARBUSSE

Plus d’infos : http://www.editions-unicite.fr/auteurs/BARBUSSE-Anne/les-accouchantes-nues/index.php

http://www.editions-unicite.fr/auteurs/BARBUSSE-Anne/moi-la-dormante/index.php

Marilyne Bertoncini

À peine enclenchée la sirène d’alerte,

Yuko et ses douze collègues, disciplinés,

étaient montés très vite sur le toit de la banque.

Dix mètres, ça devait suffire.

Quinze heures vingt-et-une. Elle envoie

à son mari ces deux mots – pleins

d’effroi : tsunami énorme.

À cette heure-là, déjà la vague

de treize mètres

est passée par-dessus les quais du port

charriant tout sur son passage –

***

 » Je pense que l’eau a dû atteindre le toit

en quelques minutes  » dit Yasuo, chauffeur de bus,

cinquante-sept ans, au journaliste qui l’interroge trois ans

après la catastrophe.

Son fin visage émerge d’une combinaison

de plongée,

 » Elle me manque infiniment « , ajoute-t-il.

En ce jour de 2014, il réalise enfin son projet insensé :

pouvoir fouiller lui-même le fond de la mer.

Depuis trois ans, il suit une formation théorique et pratique

pour obtenir le brevet de plongée, dans l’espoir de

retrouver celle qui a disparu

le onze mars 2011.

Extraits de  » La noyée d’Onagawa », Éditions Jacques André, 2020. Préface de Xavier Bordes. Prix Quai en poésie 2021.

MARILYNE BERTONCINI

Plus d’infos : https://www.recoursaupoeme.fr/author/marilyne-bertoncini/

Marie-Claude San Juan

.9 .

C’est diaphane le murmure des signes,

à peine saisissable.

Invisibles presque, les formes qu’un peu de vent dessine

avec la légèreté d’une plume sur des rides d’eau.

Le réel de la rue a sa palette de vibrations grises

à déchiffrer

et des sons retenus.

On pourrait lire le journal des siècles et du jour,

épeler la douleur de titres.

Rien d’autre.

On pourrait éloigner les yeux du trop subtil

de l’infime,

de ce qui n’a pas de lettres

pas de mots

pas de sens évident.

On refuserait de traduire

l’imperceptible.

Perdant les détails,

l’intelligence matérielle,

et

le lien corporel

avec un temps rebelle aux chronologies collectives.

Perdant l’instant

d’un espace habillé d’immédiateté relative.

Oubliant le sol on oublierait encore plus

le fil tendu de notre verticalité intérieure.

***

Café en monde à l’envers

***

. 12 .

Fine écume

à peine visible,

espérance des météores…

Or le ciel reflété, nuages, se souvient des os brûlés

et du malheur des hommes.

Mais l’alchimie hors temps

transcende l’idée de la mort

et lave tout, transforme tout,

pour que les chagrins des crépuscules

se métamorphosent en rosée intérieure,

promesse.

Noire incandescence d’un flux d’ombres

passé dans les yeux

en un instant d’immobilité,

ici

l’oiseau rebelle chavire,

vrai passager des feuillages

et

l’oiseau imaginaire

ami du goudron,

esquisse éphémère,

sillage d’ondée, vibre.

Présences que l’œil saisit,

le réel est un poème métaphysique.

***

Extraits de Le réel est un poème métaphysique. Poèmes et photos. Éditions Unicité. 2022.

MARIE-CLAUDE SAN JUAN

Poète, photographe, blogueuse.

Plus d’infos :

Le réel est un poème métaphysique, page éd. Unicité…

http://www.editions-unicite.fr/auteurs/SAN-JUAN-Marie-Claude/le-reel-est-un-poeme-metaphysique/index.php

Ombres géométriques frôlées par le vent, page éd. Unicité…

http://www.editions-unicite.fr/auteurs/SAN-JUAN-Marie-Claude-et-CHOPARD-Roland/ombres-geometriques-frolees-par-le-vent/index.php

Poèmes MC San Juan, Le Capital des mots, juin 2019…

http://le-capital-des-mots.over-blog.fr/2019/06/le-capital-des-mots-marie-claude-san-juan.html

Blog personnel, Trames nomades…

http://tramesnomades.hautetfort.com/

……………………………………………………………………….

Page sur Ombres, Le Capital des mots, juin 2020…

http://le-capital-des-mots.over-blog.fr/2020/06/le-capital-des-mots-marie-claude-san-juan.html

Jean-Louis Guitard. Pierre Kobel.

Extraits de  » Écrire à dessein  » . Éditions Unicité, 2022. Collection Le Vrai Lieu.

Dessins de Jean-Louis Guitard. Textes de Pierre Kobel. Préface de Bruno Doucey.

Plus d’infos : http://www.editions-unicite.fr/auteurs/GUITARD-Jean-Louis-et-KOBEL-Pierre/ecrire-a-dessein/index.php

http://www.editions-unicite.fr/index.php

JEAN-LOUIS GUITARD

Écrivain, auteur-compositeur-interprète, dessinateur.

https://jeanlouisguitard.com/

PIERRE KOBEL

Poète.

https://lepetitvehicule.com/pierre-kobel/

https://www.babelio.com/auteur/Pierre-Kobel/372304

Pascal Mora

Nord

À André et Thérèse, mes grands-parents maternels.

Notre-Dame de Lorette, frêles statues

Fontaines blanches sous la lune

N’en finissent pas de verser leurs larmes

Si vite changées en brume.

La colline est couverte

D’une génération d’ossements,

D’une entière jeunesse fracassée.

Neigent les âmes friables

Comme les fées des plaines

Orphelines ensevelies sous le chagrin.

Passent les grelots fantômes,

Les fanaux feutrés sur le chemin

Flottant au bord du cimetière.

Comté d’Artois, mer d’Opale et mer du Nord,

Le jardin se lève à la Toussaint.

Entre les ronds du gel,

Petits visages qui me regardent

Depuis le passé présent.

Doux yeux familiers me susurrant

Des nouvelles de l’autre côté,

L’envers des apparences.

À Ardres, Zutkerque, Cassel mes grands-parents

Sont debout dans le brouillard du seuil

À côté d’un château d’enfance.

Je vois l’aube dans leurs yeux

Pleins des voyages de leur vie.

Je me passe la tête sous l’eau de leur nuit

En direction du Nord.

La journée s’effondre dans l’atelier du soir,

Derrière le cercle d’horizon.

Les villes ont les pigments brique et or

Des triptyques flamands.

Visages, poussières d’ombre

Le rouge saupoudre le noir

Par mélancolie d’éternel automne.

Passe sans souci

Un enfant de Saint-Omer,

Maigre prince de la rue

Extrait de  » Lisières d’instants  » Éditions Unicité, 2021.

Plus d’infos sur :

http://www.editions-unicite.fr/auteurs/MORA-Pascal/lisieres-d-instants/index.php

PASCAL MORA

Plus d’infos : https://www.recoursaupoeme.fr/auteurs/pascal-mora/

https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb16508729f

Photo de couverture : © Pascal Mora