Irina Moga

Hiatus

Le bras de la pendule s’étend

d’une rive du désir au suivant abri

qui est l’envie de ta sagesse.

Une capsule faite de bruyère et de ronces

brouille les mouvements du pollen et des pépins

emportés par les maelströms du nord

sur des parachutes d’ailes de guêpes.

L’espace près du terminus des sentiments,

au parfum d’un vieil herbier

tient en tenaille des farfadets d’ambre

pris au va-et-vient de l’air.

Je me porte témoin du hiatus

que le bras de pendule inflige, en son balancement,

dans le continuum des heures inconnues,

– secondes d’insectes et d’ormoulu.

**

Pas de Calais

Odeurs des sables,

traces des doigts qui raflent

les contours des rocs et des algues

près de Pas de Calais.

Un  » n’importe quoi  » qui se mesure

à feu des glaces, aux variations sans palais

et dans des gilets fanés des mousquetaires :

jeunesse rebelle qui nous habite

-fleurons de feintes

et d’oubliables duels.

**

Bulles

Bulles d’azur et écharpes d’air

qui se confondent dans

la latitude incarcérée de mes pupilles

avec le vent –

doux remède du silence.

Extraits de  » Variations sans palais » Collection Poètes des cinq continents, 2020.

Plus d’infos : https://www.editions-harmattan.fr/livre-variations_sans_palais_irina_moga-9782343210247-66840.html

IRINA MOGA

Son site ( en anglais ) : https://www.irinamoga.com/

Alain Bancquart / Claude Ber / Frédérique Wolf-Michaux ( Actualité )

CONCERT ALAIN BANCQUART SUR UN TEXTE DE CLAUDE BER ET LECTURE CHEZ TSCHANN LIBRAIRE

DIMANCHE 31 OCTOBRE 2021 à 11h CONCERT
TSCHANN LIBRAIRE 125 bd du Montparnasse, 75006 Paris

CELEBRATION DE L’ESPECE
pièce pour Voix et bande d’Alain Bancquart
poème de Claude Ber, extrait de Il y a des choses que non, édition Bruno Doucey, 2016
avec Frédérique Wolf-Michaux, contralto

suivi d’une LECTURE par Frédérique Wolf-Michaux et Claude Ber
d’extraits de Il y a des choses que non et de son dernier livre Mues récemment paru aux éditions PURH

http://www.claude-ber.org

Eric Dubois

Pas besoin de tout ça. En fais toujours trop. Jamais rien dans la vie. Si c’est pour entendre ça, je préfère partir, dit Henri. Une fille vous traite en roi, en mendiant. L’action se passe dans un bar du XIIe. La meilleure chose que tu sais faire. Fuir. Qu’est-ce que je fais avec toi ? Et je reste comme une conne. Et mon rouge à lèvres bave, dit Catherine. Ils sont accoudés au zinc et se parlent de très près. Il la dévisage. Tu as enfanté un monstre difforme et sale. Seigneur. Et moi, est-ce que je compte pour toi ? Me fais-tu une place dans ta bulle ? Quand elle ne dit plus rien, c’est qu’elle ne trouve plus les mots. Pour qu’elle soit rassurée, je devrais la faire fumer. Le Palais Wurlitzer s’illumine d’accords en do, la mineur. J’ai l’air d’interroger le vide, à la recherche d’un quelconque oracle. Calme-toi. Je ne suis pas sans reproche, mais de là, à te figer dans un mutisme fabriqué et capricieux. À propos, tu as commandé ? Oui, avant que tu ne viennes pas. Tellement attendu.

Une heure, tu t’en rends compte ? Mais combien de fois es-tu arrivé en retard ? J’oublie jamais. Embrasse-moi. Pas question de perdre mon temps. Que fait-on ? Rien. Elle écrase nerveusement le mégot de sa cigarette, avec le talon.

***

Le temps passé, c’est Disneyland. Après, c’est Lunatic. La lampe de chevet oscille faiblement. Après que la crise s’est déclarée et menée au terme de l’affection, qu’une certaine forme de solitude me pousse dans les affres d’un mutisme maladif et chronique, une certaine désespérance me gagne. Et je les regrette ces instants perdus, ces troubles fugitifs, ces occasions ratées. Amère amertume. La fatigue persiste. Brouille les mots. Les mots s’effacent. N’ont aucun sens. Abstraits. Je pleure. Catherine. Trop tard. C’est à ce moment-là qu’il faut écrire. Quand toutes les parties de votre corps sont tendues, quand votre esprit est dans le sac du vide. Écrire. L’écriture peut remplir le sac et transformer le vide.

***

Cette fille est impossible. Dire que je l’aime. Vous avez remarqué son déhanchement. Mécanique qui n’a pas droit à l’erreur. Tandis qu’elle court, moi, je rampe, je traîne. C’est comme ça et ça fait mal de quitter ça. Est-ce qu’un jour, béni des dieux, j’apprendrai à marcher ? Pour qu’enfin la suivre ne soit ni une épreuve ni un excès de zèle. Catherine quitte le comptoir et se dirige vers les toilettes.

Ce n’est pas un roman américain. Henri se retrouve seul. Se frotte les yeux. Tard… Juste un peu fatigué d’une fièvre inconnue… Ou bien sonné… Plus qu’à descendre du ring pour s’éponger les yeux qui trempent dans l’acide des souvenirs et sécher ce qui reste d’un corps… Pas triste ! Non !

Le combat est truqué, métaphore usée d’un métalangage diaphane.

Extraits de  » Lunatic, roman  » Éditions Le Lys Bleu, 2021.

Plus d’infos : https://www.lysbleueditions.com/produit/lunatic/

ERIC DUBOIS

Eric Dubois est né en 1966 à Paris. Auteur de plusieurs ouvrages de poésie aux éditions Le Manuscrit, Encres Vives, Hélices, l’Harmattan, Publie.net, Unicité. Responsable de la revue de poésie en ligne et maison d’édition associative « Le Capital des Mots ». Blogueur : « Les tribulations d’Eric Dubois ». Il est aussi l’auteur d’un récit autobiographique «  L’homme qui entendait des voix » paru en 2019 aux éditions Unicité.

http://ericdubois.jimdosite.com

https://www.patreon.com/ericdubois66

http://ericdubois.over-blog.fr

http://le-capital-des-mots.over-blog.fr

http://lecapitaldesmots.fr

Constance Dickson

Le rayon boucherie

Me voilà au rayon boucherie.

Le boucher est présent avec sa blouse et sa charlotte

afin de respecter les règles d’hygiène et de sécurité.

Quel bel étalage, des morceaux de viande de toutes catégories.

Le boucher est prêt à trancher !

Il sort des accessoires de la salle d’opération !

Il t’enlève ton os.

Tu es à bout de nerfs !

Te voilà amputé d’un membre.

Tu es étiqueté comme invalide.

Des personnes de l’extérieur te regardent

comme une bête curieuse.

Tu es abattu par la perte de ta chair qui est si chère à tes yeux.

Face à cette difficulté, il faut trouver des solutions.

Te voilà à faire des démarches pour être reconnu handicapé

et avoir le droit à des aides en compensation.

Il te faut dans certains cas un fauteuil roulant

ou bien des membres de substitution.

Tu as affreusement mal, tu sanglotes :

Du sang sort de ton nez tellement tu pleures.

Tu vois d’autres personnes passer à la chaîne se faire amputer

de leurs membres.

Tu es en empathie avec eux, cat tu comprends leur perte !

***

Le rayon insecticides

Il faut une tapette pour chasser les parasites de ma catégorie.

Je gêne, on peut aussi utiliser pour m’abattre un spécial parasites

et acariens.

Je donne des allergies à mon entourage.

Oui, je bouffe tout ce qui m’entoure, leur prends de l’énergie,

je fais souvent répéter les mêmes choses.

Il serait bon pour tout le monde que je me transforme en un joli

papillon qui vole de ses propres ailes.

Extraits de  » Le magasin et les lieux publics du handicap  » Éditions Unicité, 2020.

CONSTANCE DICKSON

Poétesse, écrivaine, peintre, autiste Asperger et dyspraxique . Auteure aussi de  » Un vase rempli d’émotion  » ( Éditions Unicité, 2019) .

Pascal Hermouet

IX

Mais voici Thèbes

Thèbes s’étire

Thèbes aux palais d’argile

le Sphinx occis Oedipe enfoui

présent passé toile d’araignée

seuls restent les hommes de Béotie

gardiens des mythes soldats sans titres

fières sentinelles à ciel ouvert

Thèbes

Thèbes s’avance.

X

Enfin si d’aventure Athènes t’attire

mille surprises tu découvriras

vrais quartiers faux déserts

vieilles façades troubles commerces.

Si par hasard Athènes t’embrasse

ensorcelé tu vivras

coeur de ville corps en vrille

blancs éclats cratères vibrants.

Si par malheur Athènes t’enlace

sur l’Acropole tu t’oublieras

souffle coupé temples brûlants

chaleur sans fin boussole d’aurore.

XI

Et quand la nuit tombe

éclats de neige étoiles sanguines

vivement revoir les caryatides

muses d’empyrée filles d’Athéna

le feu au ventre et balle au centre

éclair de vie fluide Thalassa.

Extrait de « Tessela » in  » Mosaïques » Editions Unicité, 2020.

Plus d’infos : http://www.editions-unicite.fr/auteurs/HERMOUET-Pascal/mosaiques/index.php

PASCAL HERMOUET

Site : http://www.pascalhermouet.com/index.html

Charles Quimper

On dit de la peau du fleuve qu’elle peut s’étendre et entourer la moindre blessure, de la toute petite écharde à la catastrophique fracture ouverte.

On dit de ses lèvres qu’elles embrassent les marines et les esseulés, les enrobent, serpent assaillant une proie, puis les quittent subitement sans laisser d’adresse ou même de courriel pour les rejoindre.

On dit que le Saint-Laurent est une valse, un tour de manège, le fil conducteur de presque toutes les histoires d’amour entre Natashquan et l’Assomption.

***

Je t’ai rencontrée sur la plage devant l’église où ma mère s’est mariée, j’avais les yeux d’un autre et les mains arrosées de taches.

J’avais soif, un goût salé dans la bouche, le mercure caché dans l’eau, tous ces métaux lourds.

Je n’ai pas pu te dire que t’étais belle, j’avais froid dans la bruine d’aube et j’espérais que tu me prêtes un bout de ton coat en léopard. Je t’ai demandé un 7Up grenadine, tu m’as offert une Pabst Blue Ribbon.

Le son du fleuve froissait les mots entre nous. Le ventre du fleuve faisait de la statique. La peau de l’eau était tendue entre Québec et le lac Ontario. L’oreille du fleuve n’écoutait rien, comme d’habitude.

Extraits de « La fleuve » Collection Nullica. Éditions L’Oie de Cravan, 2019.

Plus d’infos : http://www.oiedecravan.com/indexfranc1.html

CHARLES QUIMPER

Plus d’infos : https://editionsalto.com/auteurs/charles-quimper/?v=11aedd0e4327

Jean-Louis Guitard

COINS DE RUES

Au coin

de la rue des Cigognes et de la rue des Près,

au Havre,

on a trouvé le cadavre

d’une femme

étranglée…

Et alors ?

Rien d’extraordinaire.

C’est chaque jour

qu’on découvre des cadavres

aux coins des rues.

Avez-vous déjà vu autre chose que des cadavres

aux coins des rues ?

Ah !…

Moi non plus.

Les cadavres s’amoncellent

s’accumoncellent,

s’arqueboutemoncellent,

s’envermificellent,

à tous les croisements

depuis

la nuit

des temps.

Ça n’empêche pas les temps

de continuer

à s’écouler

depuis

leur nuit.

Les cadavres on s’en fout,

c’est tout…

les coins aussi…

Il y en aura d’autres,

la fin n’est pas pour demain.

Les rues se croisent…

se croisent

d’ici à l’infini…

et au Havre,

au coin de la rue des Cigognes et de la rue des Près,

on a trouvé le cadavre

d’une femme

étranglée.

Voilà.

On l’enjambe,

on passe à côté,

on le passe

à l’as

et la vie

poursuit

sa vie…

***

LE GRAND CANAL DE VENISE

Au fond du grand canal de Venise,

à Venise,

entre le pont de Londres

et celui de Faloir-en-Cambraisieu,

qui n’existe pas

ou très peu,

la police

a trouvé une jeune fille de dix-sept ans

qui jouait de la crécelle

et mangeait du vin blanc

à la bouteille.

L’arrestation a été immédiate,

le jugement sans appel…

Pour dix-sept ans

la bouteille est derrière les barreaux.

Depuis,

la crécelle

lui apporte des oranges,

tous les luncredis,

tous les vendremanches,

et la fille boit de l’homme

au fond du pont de Londres

et de Faloir-en-Cambraisieu,

qui n’existe pas,

ou très peu

entre Venise.

La police,

elle,

ne sait plus quoi faire

pour se distraire…

Elle tourne en rond

au fond

du grand canise,

à Vénal…

et parfois

elle arrête un poisson,

un hérisson

ou un oeuf pondu la veille…

mais ce n’est pas vraiment pareil…

Extraits de  » De l’eau d’ici à l’au-delà ». Éditions Unicité, 2021. Illustration de la couverture : dessin de Jean-Louis Guitard.

Plus d’infos :

http://www.editions-unicite.fr/auteurs/GUITARD-Jean-Louis/de-l-eau-d-ici-a-l-au-dela/index.php

JEAN-LOUIS GUITARD

Dessinateur, peintre, auteur de pièces de théâtre et de chansons.

https://jeanlouisguitard.com/

Aline Recoura

La goutte d’eau ça sert à la pluie

le chaud de ma peau

mes joues rouges

mes mains sales

mes bottes de boue

mes jouets dans les poches

bouts de papier

bouts de plastique

bouts de jouets

bijoux cassés

billes perles trésors

comme les oiseaux

chez mon papa

sur son téléphone

***

Son petit-fils

à sa gauche

ou sa droite

chibani

il marche vers l’école

tous les matins

je les double

juste à l’heure

j’accélère le pas

entre nous

quelques mots

traversent le jour qui se lève

le froid ou le brouillard

grand-père pleure

son petit-fils n’a pas dormi de la nuit

il a trop mal aux dents

maman au travail la nuit

grand-père pleure

son petit-fils au début

avait peur du dortoir

Sami Amor

l’amour de son grand-père

Extraits de « Scènes d’école  » Éditions Le Lys Bleu, 2021.

Plus d’infos : https://www.lysbleueditions.com/produit/scenes-decole/

ALINE RECOURA

Plus d’infos : https://www.recoursaupoeme.fr/auteurs/aline-recoura/#:~:text=Aline%20Recoura%20est%20enseignante.,po%C3%A9sie%20en%20envoyant%20des%20po%C3%A8mes.

Anne- Marielle Wilwerth

Que va-t-on retenir

de l’indicible

sinon qu’il invitait les mots solaires

à chaque cérémonie du vrai

***

Une voix même éloignée

peut écorcher l’âme

et y laisser

des échardes rebelles

***

Artisans de l’inouï

nous n’avons pas encore fini

de façonner

le fugace

***

Nos mémoires esseulées

ont la buée fragile

Comment les emmener

vers le silence absolu

Extraits de « Les miroirs du désordre ». Editions Le Taillis Pré, 2021. Encres d’Eric Hennebique.

Plus d’infos :

https://editeurssinguliers.be/editeur/taillis-pre/

ANNE-MARIELLE WILWERTH

Plus d’infos : https://maisondelapoesie.be/poetes-list/wilwerth-anne-marielle/

Jan Paremski. Bonaventure Rosa

CHEZ MOI

Les changements que j’attendais

ce n’est pas moi qui vais en profiter

peut-être une voisine

peut-être un voisin

je reste heureux de leur sourire

de leur serrer la main

Moi le quartier

je vais devoir le quitter

il faut digérer

Ces chantiers – c’est pas pour moi

c’est pour d’autres personnes

qui s’installent déjà

Des personnes qui travaillent

parce qu’il y a trop de chômeurs ici

mais j’aurais préféré que ce soit le travail

qui vienne à nous – pour que je reste aussi

Boutiques de mode, salle de concert

jardins partagés, trame verte

tout ça n’était pas nécessaire

pour nos mères et nos pères

Cette terre autrefois déclassée

est devenue un terrain prisé

qu’on reprise sur les misère d’hier

Comme si la culture populaire

n’avait pas d’attachement

pour les murs qui l’ont vu grandir

même si c’était en emprisonnant

***

LE PILORI URBAIN

Et nos enfants dans les vallées de chemins

ont trouvé un autre usage des cailloux

pour se perdre dans les carrefours

au loin des résistances en murmures

Et nos enfants, prisonniers de rivières

où ont coulé nos fiertés

entre des lits barbelés

dans des courants contraires

Et nos enfants, dérivées incendiaires

pépites de corons fleurs du ciments

joyaux d’amande et de jasmin

martyrs sur l’autel scolaire, au pilori urbain

Et nos enfants, trop jeunes pour porter

les mémoires et les souffrances

du confinement arbitraire

Et nos enfants, dont la langue est de Molière

sertie de Tahar Ben Jelloun, de Yacine Kateb

entendent la haine dissimulée même

Extraits de  » Ici la mer n’est plus » Éditions Les Étaques, 2019.

Plus d’infos : https://lesetaques.org/2020/01/29/ici-la-mer-nest-plus/

JAN PAREMSKI

Travailleur social.

BONAVENTURE ROSA

Enseignant en Histoire et Géographie.

Tous les deux , poètes.

Plus d’infos : https://lesetaques.org/