Karen Cayrat

KAREN CAYRAT

Elle se présente :

Karen Cayrat est née en Lorraine, dans l’est de la France où elle réside encore aujourd’hui. Traductrice/interprète (–>FR) ses langues de travail comprennent l’anglais, l’allemand et l’espagnol. Elle s’intéresse, en outre, à la littérature numérique.
Fondatrice et directrice de publication de Pro/p(r)ose Magazine, revue littéraire et culturelle en ligne, publiée le dernier dimanche tous les deux mois, Karen Cayrat, pratique l’écriture en sous-marin depuis de nombreuses années. Cultivant les pas de côté comme la rage d’exister, ses productions naviguent entre approches expérimentale, poétique, et engagée. Quêtant l’aurore du
monde et des êtres, ses créations embrassent des thèmes multiples parmi lesquels se distinguent plusieurs constantes (identité, mémoire, langage, figure de l’écrivain…).
Certains de ses textes et poèmes ont été publiés dans des revues nationales et internationales, au format papier et numérique (Revue Labyrinthe[s, Le Cafard hérétique, La Variation, Hurle-Vent, Cavale : arts et littératures en mouvement, Lichen, L’Air de Rien, Revue Fragile, Hélas!, Pojar, Revista Kametsa, Libreroamérica, FMR, Orientales…).
En 2022, une de ses productions, Osmose, obtient le « Prix coup de cœur du jury » dans le cadre du concours d’écriture organisé par le Louvre-Lens à l’occasion des 10 ans de la structure (aux côtés d’un texte de Nicolas Perez) pour la qualité et l’originalité intrinsèque à son écriture.
Plusieurs de ses créations ont été diffusées sur les ondes de podcasts ou initiatives (comme Mange tes mots, à marée vague…) accompagnées de musiques de sa composition.
D’autres expériences se découvrent dans l’espace de son site-atelier Dérivations, zone de hors-confort, laboratoire instable et clandestin. Un espace fluctuant entre écriture créative et écriture sans écriture.

https://proprosemagazine.wordpress.com/

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Georges Thiéry

Diverses rumeurs m’affluent à la tête

Le regard tourné vers le ciel lourd

Je traîne mon agonie

Les jours se suivent à une vitesse déconcertante

On sent venir le drame

La fine trame

Et sur mon cœur

Une petite larme de sang.

22 janvier 2023

GEORGES THIÉRY

Poète et peintre.

https://data.bnf.fr/fr/documents-by-rdt/16131326/te/page1

https://www.babelio.com/auteur/Georges-Thiery/626319

Alix Lerman Enriquez

Suspension

Étoile en suspension dans le ciel,

prête à tomber sur le trottoir mouillé,

sous la lune jaune humide décalquée.

Mes pas me portent sous l’humidité de la pluie

un jour noir de novembre où le jour, il fait gris.

Et m’enveloppe la suie du soir,

et m’engloutit la nuit.

***

Brèche

Un oiseau déchire la brume

Son cri perçant dans le ciel

comme un cri de mort et d’ effroi,

un râle rauque pour l’ éternité.

C’est une mouette qui lacère le ciel,

fait entrer l’aube dans cette échancrure

où les moineaux s’abreuvent

de cette rose naissante,

de ce pâle soleil d’hiver.

***

Jeux d’enfant

Sur la plage encore maculée de soleil du soir,

des jeux d’enfant creusent la rivière de sable.

Plus loin, la mer impénétrable.

À mes pieds, des sceaux, des pelles et des râteaux,

des moules en plastique aux couleurs primaires :

rouge crépusculaire, bleu comme la mer,

jaune comme le soleil brûlant de midi.

Objets inanimés de l’enfance gisent abandonnés,

creusent des sillons dans le sable

aux côtés des coquillages, des algues fossilisées.

Cinquante ans ont passé depuis

et dans mes rêves, encore, il m’arrive

de boire ce ciel bleu, la mer vif-argent,

de boire ce vin rouge du couchant,

courant après les mouettes,

comme après des folles chimères,

cherchant avidement les reliques de mon passé.

ALIX LERMAN ENRIQUEZ

La poétesse Alix Lerman Enriquez s’adonne à l’écriture poétique depuis son plus jeune âge. Née à Paris le 5 mai 1972, elle vit depuis vingt ans à Strasbourg après avoir goûté à la vie rennaise et parisienne. Titulaire d’un doctorat de philosophie du droit, l’auteure a déjà publié une quinzaine de recueils de poésie comme Météores (Editions La Bartavelle 2005), A-Contre-jour (Hervé Roth Editeur 2013), Les territoires de la nuit pourpre (Do Bentzinger Editeur 2012), Herbier d’errances (Editions Flammes Vives 2016), Au-delà de la nuit (Editions Les poètes français 2016), Tessons et miroir (Editions Vox Scriba 2017), Estuaire de l’espoir (Editions flammes vives 2018), La morsure du jour sur la mer (éditions les poètes français 2018), Bribes du jour, éclats de nuit, (Editions Stellamaris, 2019), Tombée du ciel (Editions les poètes français 2021). Elle est également l’auteur de proses poétiques sur le site de l’éditeur Hervé Roth et anime elle-même deux blogs poétiques Perles de poésie et Aphorismes et petits riens .

Éric Dubois

Élie est magique

et thérapise

Élie il faut suivre

le soleil le fixer

et en transmettre

la force

12.08.96

Je reviens au Cahier de Brouillon. J’écris le 05 juillet de la même année : Les mythes fondateurs ( Oedype, Jonas ….) ne doivent pas être oubliés car le silence est de mauvais augure pour l’Humanité. Plus loin : Poètes préférés : Salomon, L’Ecclésiaste, le Cantique des Cantiques, Baudelaire, Poe, Rimbaud, Apollinaire, Verlaine, Mallarmé, les Surréalistes, René Char, Michaux, Prévert, Queneau, William Blake, Dylan Thomas, Jim Morrison, Khayyâm, Léopold Sedar Senghor, Lao Tseu… Plus loin, la généalogie de Jésus. Plus loin : Ne pas se poser des questions conditionnées Le soleil festonne au-delà du Mythe Fondateur. Toujours des poèmes. Le 15 juillet : Il faut que j’aie confiance en moi. Je réussirai et ce sera une victoire pour moi. Il faut que je tienne bon la barre. Le 22 : je fête mon anniversaire, j’ai trente ans. Vertiges, nausée, migraines, impossibilité de marcher, je reste allongé. Le soleil dehors est aveuglant. Marie, mes parents, quelques proches sont là. Je ne supporte plus l’Haldol et le Tercian. On me prescrira en substitution du Solian qui fonctionne bien sur moi. Le 25 : En finir avec mes élucubrations. Penser positif. Bien écouter. Bien voir. Bien sentir. Le 1 er août : Avec Marie, c’est fini. Elle me l’a dit tout en douceur, ça me fait de la peine. Une de perdue, dix de retrouvées ? 77 jours. J’écris Passions Sabbatiques et quelques poèmes. Une amie Chrystel me recontacte, nous allons à des soirées gothiques. Mois d’août en Région Parisienne. Marie est en Bretagne. Je dessine beaucoup, des femmes nues, au stylo, au feutre, au crayon , au pastel. Calme plat sur le plan sentimental. Quelques sorties avec des amis ( Gérard, Patrick, Sami, Nadine) et mon frère Johann. Je traverse une période, où semble-t-il par la grâce de Dieu, je m’affirme autant sur le plan financier que sur le plan créatif. Je touche des indemnités journalières. Ma mère m’a aidé à renflouer mon compte bancaire. Le Malade Psychique n’est pas vraiment un bon comptable et peut souvent faire des dépenses inconsidérées, pulsionnelles. Dans mon Cahier, beaucoup de citations d’écrivains, de philosophes et d’artistes. Je passe beaucoup de temps à la Bibliothèque Municipale de Joinville le Pont.

***

Aller sur mes pas d’il y a vingt-cinq ans est difficile et j’ai peur pour ma raison. Tout voyage est intérieur certes mais tout voyage fait revivre les souvenirs qui y sont attachés Je ne voudrais pas remuer les larmes du passé et l’effroi et la stupéfaction de mes proches. Il y a leur pudeur, je n’en ai peu ou plus vraiment.

Je parcours les pages du Cahier de Brouillon dont une partie fut en effet rédigée pendant mon internement en juin 1996.

Je tombe sur un poème écrit le 13 juillet 1996, en hommage à mon oncle André, disparu en 1983, des suites d’une longue maladie. C’est en rouge.

André

Ce matin j’ai cueilli la fleur

de la Miséricorde

La langue des on-dits

et des non-dits

La fleur sauvage de Babel

Plus loin un symbole : 3 yeux ouverts qui égalent un mandala qui égale un signe cabalistique.

Je ne sais absolument pas ce que cela signifie. C’est cela, la folie, celle qu’on ne comprend pas, qui ne nous est pas donnée comme intelligible. N’attendez pas de moi que j’en donne une définition, pour moi la folie n’est qu’ontologique, elle est simplement.

A Marie-Isabelle, j’écris : Ce qu’il me manque : un fils nommé David ou Olivier ou bien une fille nommée Lucie ou Julie.

Je dois bien reconnaître alors que ma schizophrénie est résiduelle. Et cela pendant quelques mois. Presque vingt-cinq ans, plus tard, je suis toujours sous traitement certes plus léger, mais quand même. Il m’arrive parfois de penser que j’ai rencontré Dieu à cette époque-là ou l’équivalent sans pour autant croire que je suis un prophète ou un quelconque messager d’une foi moderne. Le mysticisme, je dis bien, le mysticisme, et non la religiosité ou l’aspect religieux, est à la base de ma poésie, de mon écriture, de ma peinture, de mes dessins, de mes éructations symboliques. Je suis le créateur, malgré moi, de mes démons. Toucher à Dieu c’est toucher à l’être. Se prendre pour Dieu, le singer, lui ressembler et se faire passer pour Lui. L’écriture ( et toute représentation ) est forcément blasphématoire. Pourquoi moi, goy, dire que je suis Élie, le prophète que tous les Juifs attendent depuis très longtemps ? Un de mes psychiatres, M. Dobler m’avait dit il y a quelques années que j’avais été atteint du syndrome du Mysticisme et Filiation. Me persuader de mes origines prétendument Juives et être un Prophète de l’Ancien Testament. C’est donc bien que l’artiste, le poète, le fou se prend pour Dieu ou un dieu ( Napoléon, Marx ou De Gaulle ou Jeanne d’Arc ).

Extraits de  » Quelques saisons en enfer , premier jet de l’ombre » ( récit)

autoédité sur Amazon KDP, 2022.

ÉRIC DUBOIS

 Eric Dubois est né en 1966 à Paris. Auteur de plusieurs ouvrages de poésie et récits aux éditions Le Manuscrit, Encres Vives, Hélices, l’Harmattan, Publie.net, Unicité, Le Lys Bleu. Responsable de la revue de poésie en ligne « Le Capital des Mots » ( 2007-2020) et de l’association éponyme ( 2015).  Responsable de la revue de poésie en ligne «  Poésie Mag » (2020). Blogueur : « Les tribulations d’Eric Dubois » (2009-2020). Il est aussi l’auteur d’un récit autobiographique «  L’homme qui entendait des voix » paru en 2019 aux éditions Unicité. 

http://ericdubois.jimdosite.com

https://www.patreon.com/ericdubois66

http://ericdubois.over-blog.fr

http://le-capital-des-mots.over-blog.fr

http://lecapitaldesmots.fr



Plus d’infos : Ce livre n’est plus disponible chez Amazon KDP et sera publié ultérieurement chez un véritable éditeur. ( màj 13/01/2023)

Georges Thiéry

Diverses raisons salissent ma raison d’être

Je navigue sur les rives de la souffrance

L’air ébahi

c’est que les contours me paraissent obscurs

Lorsque tout s’enfonce

Je sens un temps de perte à venir

Je murmure toujours le nom du Suprême

Sur ce chapelet de bois

Plus rien ne m’étonne

Si ce n’est la forte régression de nos sociétés fourvoyées dans le mensonge

Ma raison d’être, ton sourire à la porte

Mon souvenir s’estompe

La douleur était illusoire

Si ce n’est cette cicatrice au bas du visage

Mes larmes coulent

Lorsque parfois les mots disent

Ce qui se terre

Puis je souris

Et marche autour de cet oppidum

Toujours la joie et les larmes au cœur.

GEORGES THIÉRY

Poète et peintre.

https://data.bnf.fr/fr/documents-by-rdt/16131326/te/page1

https://www.babelio.com/auteur/Georges-Thiery/626319

Marie-José Pascal

C’est au silence

C’est au silence que je dois de poser

des mots sur l’absence et de creuser

un sillon pour qu’elle ne se confonde

pas avec le sable trompeur de l’oubli.

C’est au silence que je dois de faire

crier les pierres pour inciser la douleur

des vivants, et redonner à ceux qui

ne sont plus des visages humains

et des voix porteuses de songes.

***

Entre le réel et l’imaginaire

Oh ! Oui d’un simple regard poète attentif

Pénétrer l’écorce de cet arbre étrange pour y déceler

La source de vie. S’arrêter souvent pour mieux repartir

Sur ce chemin fleuve aux coutures d’or,

S’enfoncer alors dans la forêt d’encre, peuplée

De mystères et de chants pluriels.

Là, sous la cathédrale de branches ployées,

Pour quelques instants, le silence invite au recueillement

La cloche de l’église sonne le rappel et tout devient signes

Les mots qui se pressent sur la page blanche forment

Une passerelle entre le réel et l’imaginaire.

***

Un monde en ruines

Ô antique lumière imprégnée de l’encens,

Tu sembles t’éloigner vers des rives amères

Où un monde décadent se construit sur des ruines.

Chaque bombe dans sa colère aveugle,

Brise les reliques d’antan et le coeur des petits

S’arme d’une sombre cuirasse.

C’est la nuit en plein jour qui pleure tous ses morts.

Sans fleurs ni sépultures, la terre des ancêtres

N’est plus qu’un obscur charnier

Où s’entassent des corps déjà déchiquetés

Dont le cri étouffé rappelle d’autres crimes contre l’humanité.

MARIE-JOSÉ PASCAL

Poétesse. Membre de l’association Le Capital des Mots.

Parmi ses publications : Les étoiles sous la cendre, éditions Le Capital des Mots, 2020. A commander sur : https://www.lecapitaldesmots.fr/e-boutique/les-etoiles-sous-la-cendre.-marie-jose-pascal./

Plus d’infos : https://www.lechorepublicain.fr/loupe-28240/actualites/elle-sest-recemment-vue-decerner-le-prix-hubert-fillay-par-lacademie-internationale-de-lecole-de-la-loire_13953609/#error=login_required&state=b6a2ad5a-a495-47d6-a38c-45fa8a0925f7

https://www.psf-letrave.fr/pg/nos-concours_palmares-2021__.html

Pierre Guérande

Revoir Honfleur

Pour Danielle Drory

Sur l’écritoire des corsaires

Brandir l’oriflamme du vent

Sur la proue des trois-mâts dociles

Graver l’initiale des mers

Sous l’encorbellement des arches

guigner l’alignement des hampes

en berne de la vague exquise

et des voilures sagittales

Loin des lagunes permissives

pour garder les saveurs du large

on pose un licou marital

autour des cabestans captifs

On porte au plus loin du vieux port

le carillon têtu des halles

le millésime des rambardes

avec leur tison sur nos lèvres

Au nom des dauphins bondissants

du phoque nouveau-né qui geint

on décuple l’empan du vertige

jusqu’à lisser la voix des eaux

On jette l’ancre du désir nomade

et range au grenier des saveurs

l’instant qui ne reviendra pas

ailleurs qu’en tes venelles fines

Honfleur

***

Cathédrale Saint- Corentin – Quimper

au R.P. Luc Moës

L’espacement parfait de deux tours accordées

la gothique élégance d’un cri lancéolé

pure ascèse penchée sur les splendeurs florales

sous la muraille grise en contre-chant des braises

forgées de vitrail mauve et de ciel absolu

Les regards éperdus dès le portail franchi

font une haie d’honneur aux gisants gaéliques

sous la prude insolence des orgues insoumises

comme ce sang breton contrarié des rias

et du bourdon sonnant l’angélus de la mer

De peu s’en faut qu’à l’aube on s’éternise

pour ne plus quitter l’or de ces quartiers bénis

tant le soleil y tient son rang d’envahisseur

applaudi des jambages de l’Odet fleuri

comme aucun autre arpent dont Dieu fasse mystère

PIERRE GUÉRANDE

Plus d’infos : https://maisondelapoesie.be/poetes-list/guerande-pierre/

Khamylle-Abel Delalande

Je ne ressens rien / anesthésie / je dors éveillé // le soleil passe / il est tatoué sur

la peau des rues / sa brume éteint tous les gestes.

Je ne ressens rien / le soleil passe / il dort un peu / je suis tagué sur les murs /

mes gestes engourdis m’éveillent // le jour emplit mes pas / mélodie ténébreuse /

les rues soulèvent mon visage / je pleurs / larmes ensevelies / j’arrive au

cimetière / le corps est déjà là / invisibilité / sommeil éternel / il pleut sur les

âmes.

Je ne ressens rien / l’urne est posée sur le soleil / il dort un peu / anesthésie de

brume / le corps en cendres est là / évidence déchue / je profane les tombes

alentour / espoir timide / un jour les morts se relèveront / il pleut malgré tout /

âmes grises / des nuages viennent enclore l’heure / la nuit palpite sur le doigt des

ténèbres.

Je ne ressens rien / les graviers crissent sous les pas / le soleil bave sa lumière /

yeux rougis / visages illuminés de tristesse / les cœurs sont éclos dans le jardin

attenant / croix fermées / christs de pacotille / mausolées avalant la poussière /

par ici le sommeil vacille / fleurs fanées pour corps disparus / atomes convertis /

carnations du soleil / les pierres soupirent le long du cortège.

Je ne ressens rien / noir de rigueur / le deuil va à tout le monde / mort engluée

dans la peau / je pue la nostalgie // images d’enfance / sur la plage le défunt joue

à chercher mes pieds / le pas encore squelette me sourit / soleil évacué sous les

gravats et les feuillages / mer huileuse et sable sale / les souvenirs ternis meurent

dans la clarté.

Extrait du recueil « Une métropole dans ton regard »

***

Tous les voyages commencent par un oubli.

L’oubli. De l’idéal.

Et de l’itinéraire.

Cécité latente.

La vie n’a pas de cours.

Elle est. Un long canyon. Un méandre. Une faille craintive.

L’étreinte. De la pierre. Sous le fleuve des vents.

*

Tu es venue.

Limpide.

La liberté t’entourait les.

Hanches.

Tu avais. Dans les mains.

Une sécheresse. Infinie. Tu traversais.

Les airs. Comme.

Une lance aiguisée.

Noire. Tu savais. Que la vie provient.

Du cœur.

Ta terre. Le sable et l’eau mêlés.

Tu vivais. Face. Au ciel. Soleil humain.

Irradiant. Les autres.

Tes seins comme. Deux ombres.

Qui cachaient. La vérité.

Extraits du recueil « Le Cillement naufragé »

© Khamylle-Abel Delalande

KHAMYLLE-ABEL DELALANDE

Poète breton né à Dinard en 1981. Il fait ses études universitaires de Lettres à Rennes. Après quelques années d’enseignement sur Paris et la Bretagne, il se consacre aujourd’hui exclusivement à l’écriture. Il a publié plusieurs recueils dont La Traversée du non-lieu (2013), La Conjuration des Roses (2018), Sémantique de l’absence (2018). Il a été publié dernièrement dans les revues Le Capital des mots et La Page blanche.

Il anime aujourd’hui son blog d’artiste : khamylle-abel-delalande.over-blog.com

Yoann Lévêque

12

loin des silences, dans la foule

à la lueur sale des frairies

les doigts poisseux de sucre et d’ombre

je tiens ton émerveillement

par la main me laisse attendrir

par les lumières frelatées

et par les charmes bohémiens

j’y change ton silence en rire ;

ton air réjoui, tes douces mines

tournent dans un vieux carrousel

tournent tournent et m’éblouissent

je retrouve ton regard rieur

dans le regard de coton noir

que ta mère pose sur toi

fades couleurs, couleurs désuètes

tout resplendit dans ton oeil doux

et les lumières bohémiennes

étincellent dans tes silences

pour la dernière fois, peut-être

couleurs blessées, couleurs frivoles

quelque chose meurt dans tes yeux

quelque chose qui a trait à

ta bouleversante innocence

et les chevaux du carrousel

n’ont de cesse de t’éloigner

de moi ; tu te confonds avec

ma disparition prochaine

***

13

je disparais dans ton regard

tu me cherches, je suis ailleurs

tu me parles et je parais

tu ne comprends pas encore l’or

faux de mes jours de folie pure

je cherche à mieux comprendre l’or

pur de tes jours d’insouciance

j’aimerais boire à ton regard

les sciences de ton espérance

je traîne des jours durs et noirs

des jours meurtris, des jours de fièvre

ne cherche pas à les panser

on ne peut pas guérir une ombre

plongée dans la nuit de son cri

Extraits de  » pas blancs, allure rose » ( poème ) . Éditions Unicité, 2021.

YOANN LÉVÊQUE

Poète. Auteur de « Mots blancs pour l’enfant s’en venant « , Éditions Unicité, 2019.

Christophe Esnault

1/ ÉLECTROCUTION FESTIVE

Quand tu te sens plus mort que mort

Tords une pointe de fourchette

Et enfonce-la dans la prise

Tu croyais ton genou pourri

Tu sentiras bouger ton cadavre

Il dansera, frénétique, vivant

***

9 / OUVRIR LE GAZ POUR MIEUX RESPIRER

Tout le monde sait ouvrir le gaz

Tout le monde peut être heureux

***

14 / LE SUICIDE AFFECTIF

La peur de la solitude est extrêmement dommageable

Quand on connaît le non-sens d’une solitude à deux

Se mettre à la colle avec un(e) partenaire

Choix par dépit puisque relation moisie

Les mauvais mariages et tristes unions

De tous les suicides, ceux-là pires

Extraits de  » Aorte adorée » éditions Conspiration , collection La Poésie, 2022

CHRISTOPHE ESNAULT

Poète et parolier.

Plus d’infos : https://zone-critique.com/author/christophe-esnault/

https://www.sitaudis.fr/Poetes-contemporains/christophe-esnault.php