Constance Dickson

Le rayon boucherie

Me voilà au rayon boucherie.

Le boucher est présent avec sa blouse et sa charlotte

afin de respecter les règles d’hygiène et de sécurité.

Quel bel étalage, des morceaux de viande de toutes catégories.

Le boucher est prêt à trancher !

Il sort des accessoires de la salle d’opération !

Il t’enlève ton os.

Tu es à bout de nerfs !

Te voilà amputé d’un membre.

Tu es étiqueté comme invalide.

Des personnes de l’extérieur te regardent

comme une bête curieuse.

Tu es abattu par la perte de ta chair qui est si chère à tes yeux.

Face à cette difficulté, il faut trouver des solutions.

Te voilà à faire des démarches pour être reconnu handicapé

et avoir le droit à des aides en compensation.

Il te faut dans certains cas un fauteuil roulant

ou bien des membres de substitution.

Tu as affreusement mal, tu sanglotes :

Du sang sort de ton nez tellement tu pleures.

Tu vois d’autres personnes passer à la chaîne se faire amputer

de leurs membres.

Tu es en empathie avec eux, cat tu comprends leur perte !

***

Le rayon insecticides

Il faut une tapette pour chasser les parasites de ma catégorie.

Je gêne, on peut aussi utiliser pour m’abattre un spécial parasites

et acariens.

Je donne des allergies à mon entourage.

Oui, je bouffe tout ce qui m’entoure, leur prends de l’énergie,

je fais souvent répéter les mêmes choses.

Il serait bon pour tout le monde que je me transforme en un joli

papillon qui vole de ses propres ailes.

Extraits de  » Le magasin et les lieux publics du handicap  » Éditions Unicité, 2020.

CONSTANCE DICKSON

Poétesse, écrivaine, peintre, autiste Asperger et dyspraxique . Auteure aussi de  » Un vase rempli d’émotion  » ( Éditions Unicité, 2019) .

Pascal Hermouet

IX

Mais voici Thèbes

Thèbes s’étire

Thèbes aux palais d’argile

le Sphinx occis Oedipe enfoui

présent passé toile d’araignée

seuls restent les hommes de Béotie

gardiens des mythes soldats sans titres

fières sentinelles à ciel ouvert

Thèbes

Thèbes s’avance.

X

Enfin si d’aventure Athènes t’attire

mille surprises tu découvriras

vrais quartiers faux déserts

vieilles façades troubles commerces.

Si par hasard Athènes t’embrasse

ensorcelé tu vivras

coeur de ville corps en vrille

blancs éclats cratères vibrants.

Si par malheur Athènes t’enlace

sur l’Acropole tu t’oublieras

souffle coupé temples brûlants

chaleur sans fin boussole d’aurore.

XI

Et quand la nuit tombe

éclats de neige étoiles sanguines

vivement revoir les caryatides

muses d’empyrée filles d’Athéna

le feu au ventre et balle au centre

éclair de vie fluide Thalassa.

Extrait de « Tessela » in  » Mosaïques » Editions Unicité, 2020.

Plus d’infos : http://www.editions-unicite.fr/auteurs/HERMOUET-Pascal/mosaiques/index.php

PASCAL HERMOUET

Site : http://www.pascalhermouet.com/index.html

Charles Quimper

On dit de la peau du fleuve qu’elle peut s’étendre et entourer la moindre blessure, de la toute petite écharde à la catastrophique fracture ouverte.

On dit de ses lèvres qu’elles embrassent les marines et les esseulés, les enrobent, serpent assaillant une proie, puis les quittent subitement sans laisser d’adresse ou même de courriel pour les rejoindre.

On dit que le Saint-Laurent est une valse, un tour de manège, le fil conducteur de presque toutes les histoires d’amour entre Natashquan et l’Assomption.

***

Je t’ai rencontrée sur la plage devant l’église où ma mère s’est mariée, j’avais les yeux d’un autre et les mains arrosées de taches.

J’avais soif, un goût salé dans la bouche, le mercure caché dans l’eau, tous ces métaux lourds.

Je n’ai pas pu te dire que t’étais belle, j’avais froid dans la bruine d’aube et j’espérais que tu me prêtes un bout de ton coat en léopard. Je t’ai demandé un 7Up grenadine, tu m’as offert une Pabst Blue Ribbon.

Le son du fleuve froissait les mots entre nous. Le ventre du fleuve faisait de la statique. La peau de l’eau était tendue entre Québec et le lac Ontario. L’oreille du fleuve n’écoutait rien, comme d’habitude.

Extraits de « La fleuve » Collection Nullica. Éditions L’Oie de Cravan, 2019.

Plus d’infos : http://www.oiedecravan.com/indexfranc1.html

CHARLES QUIMPER

Plus d’infos : https://editionsalto.com/auteurs/charles-quimper/?v=11aedd0e4327

Jean-Louis Guitard

COINS DE RUES

Au coin

de la rue des Cigognes et de la rue des Près,

au Havre,

on a trouvé le cadavre

d’une femme

étranglée…

Et alors ?

Rien d’extraordinaire.

C’est chaque jour

qu’on découvre des cadavres

aux coins des rues.

Avez-vous déjà vu autre chose que des cadavres

aux coins des rues ?

Ah !…

Moi non plus.

Les cadavres s’amoncellent

s’accumoncellent,

s’arqueboutemoncellent,

s’envermificellent,

à tous les croisements

depuis

la nuit

des temps.

Ça n’empêche pas les temps

de continuer

à s’écouler

depuis

leur nuit.

Les cadavres on s’en fout,

c’est tout…

les coins aussi…

Il y en aura d’autres,

la fin n’est pas pour demain.

Les rues se croisent…

se croisent

d’ici à l’infini…

et au Havre,

au coin de la rue des Cigognes et de la rue des Près,

on a trouvé le cadavre

d’une femme

étranglée.

Voilà.

On l’enjambe,

on passe à côté,

on le passe

à l’as

et la vie

poursuit

sa vie…

***

LE GRAND CANAL DE VENISE

Au fond du grand canal de Venise,

à Venise,

entre le pont de Londres

et celui de Faloir-en-Cambraisieu,

qui n’existe pas

ou très peu,

la police

a trouvé une jeune fille de dix-sept ans

qui jouait de la crécelle

et mangeait du vin blanc

à la bouteille.

L’arrestation a été immédiate,

le jugement sans appel…

Pour dix-sept ans

la bouteille est derrière les barreaux.

Depuis,

la crécelle

lui apporte des oranges,

tous les luncredis,

tous les vendremanches,

et la fille boit de l’homme

au fond du pont de Londres

et de Faloir-en-Cambraisieu,

qui n’existe pas,

ou très peu

entre Venise.

La police,

elle,

ne sait plus quoi faire

pour se distraire…

Elle tourne en rond

au fond

du grand canise,

à Vénal…

et parfois

elle arrête un poisson,

un hérisson

ou un oeuf pondu la veille…

mais ce n’est pas vraiment pareil…

Extraits de  » De l’eau d’ici à l’au-delà ». Éditions Unicité, 2021. Illustration de la couverture : dessin de Jean-Louis Guitard.

Plus d’infos :

http://www.editions-unicite.fr/auteurs/GUITARD-Jean-Louis/de-l-eau-d-ici-a-l-au-dela/index.php

JEAN-LOUIS GUITARD

Dessinateur, peintre, auteur de pièces de théâtre et de chansons.

https://jeanlouisguitard.com/

Aline Recoura

La goutte d’eau ça sert à la pluie

le chaud de ma peau

mes joues rouges

mes mains sales

mes bottes de boue

mes jouets dans les poches

bouts de papier

bouts de plastique

bouts de jouets

bijoux cassés

billes perles trésors

comme les oiseaux

chez mon papa

sur son téléphone

***

Son petit-fils

à sa gauche

ou sa droite

chibani

il marche vers l’école

tous les matins

je les double

juste à l’heure

j’accélère le pas

entre nous

quelques mots

traversent le jour qui se lève

le froid ou le brouillard

grand-père pleure

son petit-fils n’a pas dormi de la nuit

il a trop mal aux dents

maman au travail la nuit

grand-père pleure

son petit-fils au début

avait peur du dortoir

Sami Amor

l’amour de son grand-père

Extraits de « Scènes d’école  » Éditions Le Lys Bleu, 2021.

Plus d’infos : https://www.lysbleueditions.com/produit/scenes-decole/

ALINE RECOURA

Plus d’infos : https://www.recoursaupoeme.fr/auteurs/aline-recoura/#:~:text=Aline%20Recoura%20est%20enseignante.,po%C3%A9sie%20en%20envoyant%20des%20po%C3%A8mes.

Anne- Marielle Wilwerth

Que va-t-on retenir

de l’indicible

sinon qu’il invitait les mots solaires

à chaque cérémonie du vrai

***

Une voix même éloignée

peut écorcher l’âme

et y laisser

des échardes rebelles

***

Artisans de l’inouï

nous n’avons pas encore fini

de façonner

le fugace

***

Nos mémoires esseulées

ont la buée fragile

Comment les emmener

vers le silence absolu

Extraits de « Les miroirs du désordre ». Editions Le Taillis Pré, 2021. Encres d’Eric Hennebique.

Plus d’infos :

https://editeurssinguliers.be/editeur/taillis-pre/

ANNE-MARIELLE WILWERTH

Plus d’infos : https://maisondelapoesie.be/poetes-list/wilwerth-anne-marielle/

Jan Paremski. Bonaventure Rosa

CHEZ MOI

Les changements que j’attendais

ce n’est pas moi qui vais en profiter

peut-être une voisine

peut-être un voisin

je reste heureux de leur sourire

de leur serrer la main

Moi le quartier

je vais devoir le quitter

il faut digérer

Ces chantiers – c’est pas pour moi

c’est pour d’autres personnes

qui s’installent déjà

Des personnes qui travaillent

parce qu’il y a trop de chômeurs ici

mais j’aurais préféré que ce soit le travail

qui vienne à nous – pour que je reste aussi

Boutiques de mode, salle de concert

jardins partagés, trame verte

tout ça n’était pas nécessaire

pour nos mères et nos pères

Cette terre autrefois déclassée

est devenue un terrain prisé

qu’on reprise sur les misère d’hier

Comme si la culture populaire

n’avait pas d’attachement

pour les murs qui l’ont vu grandir

même si c’était en emprisonnant

***

LE PILORI URBAIN

Et nos enfants dans les vallées de chemins

ont trouvé un autre usage des cailloux

pour se perdre dans les carrefours

au loin des résistances en murmures

Et nos enfants, prisonniers de rivières

où ont coulé nos fiertés

entre des lits barbelés

dans des courants contraires

Et nos enfants, dérivées incendiaires

pépites de corons fleurs du ciments

joyaux d’amande et de jasmin

martyrs sur l’autel scolaire, au pilori urbain

Et nos enfants, trop jeunes pour porter

les mémoires et les souffrances

du confinement arbitraire

Et nos enfants, dont la langue est de Molière

sertie de Tahar Ben Jelloun, de Yacine Kateb

entendent la haine dissimulée même

Extraits de  » Ici la mer n’est plus » Éditions Les Étaques, 2019.

Plus d’infos : https://lesetaques.org/2020/01/29/ici-la-mer-nest-plus/

JAN PAREMSKI

Travailleur social.

BONAVENTURE ROSA

Enseignant en Histoire et Géographie.

Tous les deux , poètes.

Plus d’infos : https://lesetaques.org/

Florence Noël

ce que nous devons

à cet enfant

la pomme

et la faim verte

les feuillages

l’or où meurt l’été

l’émotion

innommée à son

surgissement

les délices

et nous le tuons

chaque jour

en chantant

– traîtres méthodiques –

des hymnes à la

raison

***

loup

enrubanne ton ombre

à leurs chevilles

sinue parmi les souffles

gravides de peur

plante ton oeil

bille de plomb

dans leur tête

superbe hurle

l’hallali

des hommes

aux abois

ils ont perdu :

tu ne mourras

qu’au jour des terres

sans contes

Extraits de « Assise dans la chute immobile des heures » Illustrations de Gwen Guénan.

Éditions Bleu d’encre, 2021.

FLORENCE NOËL

Poétesse Belge.

Plus d’infos :

https://www.babelio.com/auteur/Florence-Nol/458193

Valéry Molet

Vautré

Blues, acédie, mélancolie, glande.

On pourrait ergoter ou chipoter.

La nuit a des horizons horizontaux.

Il faudrait être moins ironique pour ce trou,

Cette planète provinciale, ce caca sidéral.

Ce canapé en cuir meugle encore

Sous mon poids contrefait par mon peu d’allant.

Le plafond. repeint récemment, est très mobile.

Seul à valser. La paraphasie, la dyslexie, elles aussi,

S’amusent : seul, « suel » lues et autres combinaisons.

J’aimerais avoir un chapeau de paille sur la tête,

Allongé sur un transat, la mer m’étirant.

Si seulement quelque chose existaitt,

N’importe quoi ou n’importe qui,

Même une revue de grammaire.

***

Le Canal de l’Ourcq

Le canal s’exprime comme un saucisson.

À qui l’on ôte la peau.

C’est très littéraire.

L’eau flegmatique s’amuse moins sans les flûtes

Amphidromes

Les ragondins sont les nouveaux vikings

Pillant les berges

L’eau était plus rapide avant l’ajout des écluses

Je croise parfois deux propriétaires de chiens qui se croisent ;

Ils rient lorsque leurs chiens se reniflent.

Que peut-il y avoir dans la tête d’un homme

Qui sourit à la vue d’un anus canin ?

Imperméable à cet humour à l’image

Des ragondins dont les têtes dépassent

Du paquet de Cotons-Tiges des broussailles

Et de branches échouées.

Le canal fume d’ironie et de libellules

Il mériterait de contourner la Vilette

Et de rejoindre la mer sur une péniche,

Ainsi à aider la Seine à remplir les océans.

Extraits de  » Et moi, je rirai de votre épouvante » Illustrations de Baptiste Carluy. Éditions Unicité, 2021.

Plus d’infos : http://www.editions-unicite.fr/auteurs/MOLET-Valery/et-moi-je-rirai-de-votre-epouvante/index.php

VALÉRY MOLET

Écrivain et éditeur.

Christophe Esnault

( … )

Aller au travail au radar

Et au retour ne pas dormir

Écrire des notes sur un carnet

Lâcher deux pages sur Word

Ou dix

Gros avatar de merde

Quand tu chies sur mon monde de création

Quand tu ne veux pas en entendre parler

De çà et des cent films réalisés en 2018

Dis-toi bien qu’il n’y a pas un ‘Tophe Esnault social

Avec qui tu parles cinéma ou politique

Ma vie est vouée à la littérature

Je suis cet homme-là

Si tu veux en voir un autre

Trouve-toi

Un autre pote

Un autre patient

Un autre camarade

Un autre frère

Ce n’est pas autocentré

Être égocentré

Rater aux yeux de mes juges la transmutation du Je

Sublimement

Et refuser le réel

D’un monde qui ne soit pas création

Et on me demande chaque jour de redescendre à hauteur

De ceux qui vivotent

Même si vivoter

Au regard où ils se traînent

Vivoter à côté, c’est vivre dans les nuages

( … )

Extrait de  » Lettre au recours chimique, récit » Éditions AEthalidès, collection Freaks, 2021.

Plus d’infos : https://www.aethalides.com/freaks10-lettre-au-recours-chimique/

CHRISTOPHE ESNAULT

Plus d’infos : https://www.sitaudis.fr/Poetes-contemporains/christophe-esnault.php

https://zone-critique.com/author/christophe-esnault/