Miguel Coelho

VI.


Chacun sent à son insu, au moindre détail,
Qu’il n’est de bien commun, pour nos corps sans partages,
Que les transports bondés, le masque des visages
Fermés, l’air qu’on pollue, la souffrance au travail.


Chacun sent que sa langue est réduite à l’e-mail
Qu’on ne lit plus, au flux continu de messages,
A l’hypnose, par l’écran digital, d’images
Fissurant nos souvenirs sous leur morne émail.


Et puis quand un virus vaguement taoïste
Passé par les chemins sinueux du marché
Fait le vide en nos rues ainsi qu’en nos pensers,


On comprend que le vide était là, dans nos tristes
Vies. On se dit alors : « tout cela va changer ».
Mais comment faire confiance aux capitalistes ?


***

VIII.


Mes voisins ont vidé les lieux, comme tant d’autres.
Les murs de leur studio résonnent, à présent
(Ou serait-ce mon crâne?). On n’entend plus le chien,
Ses aboiements joyeux quand le couple se vautre


Sur lui, les rires fous des soirées entre amis,
Les disputes larvées ou les débats nocturnes
Des amants, le frottement de leurs corps remplis
D’un jeune amour frappant aux parois taciturnes.


Et c’est un peu de vie en moins dans l’univers.
Le vent s’engouffre dans les couloirs de l’immeuble,
Souffle, siffle, assourdit les escaliers déserts.


Une porte bat. Des bruits font gémir les meubles,
Inconnus jusque-là. On voit poindre l’envers
Du décor sous le ciel bleu dont la nuit s’affuble.

***

X.


Je te revois à la terrasse d’un café,
A Florence ou Milan. Tu lis un roman, seule,
En m’attendant. Ton beau visage dans la jeune
Lumière du matin, légèrement troublé.


J’entends les cloches de la basilique au loin,
Peut-être un bruit de foule, un fleuve de musiques
Murmurant. Aux vitres teintées de ma mémoire,
Le souvenir fait de la buée, incertain.


Car tout se perd alors, dans la seconde même
Où tu te lèves, l’arc brillant des petits gestes
Saccadés s’évanouit, et je reste sans voix,


Je veux dire, sans ta voix, pure, et ton silence,
La maturité inquiète de ton silence.
C’est peut-être depuis ce moment que j’écris.

Extraits de « Sonnets de guerre » in  » 2020″ Éditions Le Capital des Mots, 2022. Collection Melting Poètes Nevermore.

Plus d’infos : https://www.lecapitaldesmots.fr/e-boutique/2020.-miguel-coelho./

MIGUEL COEHLO

Miguel Coelho enseigne la philosophie en région
parisienne. Il a publié « Quasi-haïkus » aux éditions
Unicité.

Publicité

Auteur : Eric Dubois

Ecrivain, poète, artiste, responsable de la revue de poésie en ligne " Poésie Mag " , président de l'association culturelle " Le Capital des Mots ". Photo: © Frédéric Vignale, 2016.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :