Evelyne Charasse

J’ai perdu

Mon souffle

Le vent me l’ a pris

Quand

Tu es parti

***

Te voir

Et voir

L’horizon

Qui tangue

Comme une photo tremblée

Une photo floutée

***

Les mots

Que je veux te dire

N’existent pas

***

Redonne-moi

Le temps

Où mon coeur

Battait

Des mains

À tout rompre

Extraits de  » L’attente lumineuse  » BOD avec l’association Dialoguer en Poésie

EVELYNE CHARASSE

Chantal Robillard-Puvinel

Hiver

Les clôtures blanches

ont fabriqué des dentelles

brodées de vieux lierre

Sur le lac gelé

les oiseaux noirs pareils

à des notes de musique

Les éclats brisés

de neige et de glace

esquissent une voix lactée

Sans aucun pinceau

le grand vent d’hiver

dessine des mots de neige

Baiser de neige

baiser de neige brûlante

comme le rhum de l’amour

flambant

dans les chalets de là-haut

Scintillant dans la nuit

ton visage éclaire

lune brillante d’hiver

Extrait de  » Humane. Poèmes  » Ligue Cartonera. Livre d’art.

CHANTAL ROBILLARD-PUVINEL

Peintre, calligraphe, poète.

Plus d’infos : http://www.robillard-puvinel.fr

Alina Recoura

Identités


Je n’ai pas de région
racines du béton du fer de l’acier de la fumée
d’où je viens je suis attachée à l’intérieur
je n’ai pas un lieu
des lieux m’habitent
racines des exodes racines des exils
un peu de Haute-Savoie un peu de Bretagne
herbes se faufilent entre deux dalles
on vient de partout de la France et du monde
tu grandis là mais ce n’est pas chez toi
ton enfance c’est du vélo entre les voitures
le goudron qui fume le RER le bus le train qui passent
les mois d’août désertés
tes racines dans ton appartement le refuge et la source
des gens qui ne sortent plus
les vallées sont sur les murs
la mer dans les pensées
dans le ciel du troisième étage
ton tapis volant une feuille d’arbre
Région
Île-de-France
les tropiques les
Caraïbes
les requins les étoiles de mer
tu y nages comme un poisson dans l’eau

Bords de Seine


Papa je vais sur les quais
20h30 chips bières dans le sac à dos
Argh papa sait les quais les pontons les embarcadères
La Seine la mère d’une jeunesse orpheline de lycée
dès la fin de l’après-midi
jeunes regroupés y déambulent
fument joints boivent bière
lancent ballons dans l’eau
plongent le chercher
filles gloussent
garçons torses nus
Argh il sera un des leurs
Argh le jumeau était là
il est plus là
22h30 il est parti par le balcon
deuxième étage
il n’a plus de téléphone
les garçons partis du nid
papa tendu
Argh papa se réveille toutes les heures
2h30 un garçon rentre
4h ça sonne à la porte
le deuxième en claquettes chaussettes
il avait sauté du balcon
papa crie demande tu as mis ton réveil
les cours à distance arf arf
Argh
Arf
18 ans en 2020
en face de l’île Seguin

L’enfant


J’ai pensé à cet enfant de trois ans
qui un jour est venu me voir
avec son feutre d’ardoise
maîtresse il n’y a plus de batterie
le même qui prenait
les petites lattes de bois rectangulaires
comme un petit téléphone ou une petite tablette
il saisissait chaque extrémité dans ses doigts
puis activait chaque pouce
comme s’il appuyait sur des touches
le même parle peu comprend peu
le sens des mots et des autres
J’y ai pensé quant à l’arrêt de bus
sont arrivés un papa et son fils du même âge voir plus jeune
pas de paroles
l’enfant manipule le téléphone
grand comme deux fois sa main
bien mieux que son langage
il connaît les icônes pour changer de vidéo
avec dextérité il sait faire glisser ses doigts
et tenir de son autre main le téléphone
remontrer ou descendre le fil de l’écran

Extraits de « Banlieue Ville » avec des illustrations de Marjan. Éditions La Lucarne des Écrivains, 2020.

Plus d’infos : https://lalucarnedesecrivains.wordpress.com/je-commande/

ALINA RECOURA

Plus d’infos : https://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2021/01/aline-recoura-curiosit%C3%A9.html

Parme Ceriset

Souffle d’Alaska

Sur le manteau d’opale des steppes enneigées,

Le vent balaie la poudre des instants.

Le soleil égrène en perles de lumière

La rosée de l’aurore sur les bras verts des résineux.

La vie est suspendue au souffle du loup blanc

Qui parcourt les plaines, la faim au ventre et la liberté dans le sang.

En ces contrées, vie et mort tournoient en osmose,

Complices et souveraines,

Dans le froid de la nuit et l’infinie clarté des jours.

La chair des roches

La vie se renouvelle sans cesse

Sur les hauts plateaux du temps,

La chair des proies souffre entre les roches,

On entend la mort qui craque

Sous les dents…

Le soleil affirme son règne

Sur l’immensité,

La vie saigne dans ces steppes d’outre-monde

Mais tout renaît à l’aube

Dans la clarté impassible de l’été.

Anima, souffle de panthère

Anima, âme du monde,

Souffle éveillant les corps à la vie,

L’œil du lapin scintille en tes entrailles

Comme un grain de raisin noir et vif

Et les mâchoires de la panthère

Qui se referment sur l’énigme…

Ce mystère qui nous dévore,

Cette ancestrale et animale

Part de nous…

La vie, entre soleil et néant

La vie…

Un coup de cœur,

Une lueur qui nous appelle,

Un corps à corps sanguinaire

Entre le soleil et le néant,

Avec des lambeaux de peau qui volent,

Des coups de poignard qui lacèrent,

Des rivières qui empourprent les vagues,

Des regards, des sourires et des cris,

Des entrailles qui s’enflamment

Entre extrême souffrance et espoir,

Et cette passion qui sourit dans nos veines

Comme un arc-en-ciel de jouvence

Dans l’immortalité d’un soir.

Rugir de soleil

Rugir en surgissant d’une nouvelle chrysalide,

En déchirant la peau de tous les impossibles,

Savourer la lumière crue à coups de crocs,

Mordre dans les ténèbres et leur arracher le cœur,

Rire et rugir de soleil,

S’abreuver aux rivières des apollons,

Être fauve de bonheur.

Extraits de « Le souffle de l’âme sauvage- Libre comme louve » Editions du Lys Bleu, 2021.

Plus d’infos : https://www.lysbleueditions.com/produit/le-souffle-de-lame-sauvage-libre-comme-louve/

PARME CERISET

Passionnée de poésie et membre de la Société des Poètes Français, Parme Ceriset navigue entre Lyon et le Vercors où elle puise son inspiration. Elle publie des textes dans des revues de poésie dont le Capital des Mots, l’Ardent Pays, la revue Lichen, la revue Ressacs, la revue Francopolis rubrique Terra Incognita, la revue Cabaret (numéro hors-série Tour du monde), la revue Traction Brabant (numéros 88 et 90), la revue Bleu d’encre (numéro 43), la revue Florilège numéro 181, la revue Saraswati numéro 16, l’anthologie internationale Voix de femmes 2021 organisée par la plateforme littéraire Plimay et sur son blog « la plume Amazone ». Son recueil « N’oublie jamais la saveur de l’aube – Une Amazone contre la mort » a fait l’objet d’une chronique dans la Cause littéraire où elle est devenue depuis l’une des rédactrices. Elle a publié fin janvier 2021 le recueil « Le Souffle de l’âme sauvage – Libre comme louve » aux éditions du Lys bleu.

Georges Thiéry

Chant 3

Libérant les dernières houles, toujours compromis par les regards et murmures, je me terre dans un horizon que je scrute, je vis l’horreur puis le ciel s’ouvrir, libérer l’espace de son insignifiante matière, libérer l’espace des propos sans intérêt pour une reconversion dans une source d’amour unique qui en tous affleure, ce ne fut qu’une direction parmi d’autres le dernier parcours le dernier miracle, je vis ton visage et tout se tut.

C’est alors que suintant le rêve je vis les traverses de l’infime et intime puis je t’aimais.

À nouveau

Encore et encore

La vague me traverse.

Extrait de  » Les lignes du silence » La P’tite Hélène Editions, 2020. Illustration de couverture : © Jacques Cauda. Plus d’infos : https://www.laptiteheleneeditions.com/

GEORGES THIÉRY

Poète et peintre.

Plus d’infos : https://litzic.fr/breves/georges-thiery-poesie-spiritualite-et-peinture/#:~:text=Georges%20Thi%C3%A9ry%20a%20publi%C3%A9%20de,aux%20maux%20de%20l’existence.

Matthias Vincenot

QUELQUE CHOSE M’ÉCHAPPE

Quelque chose m’échappe, lorsque je m’enfuis

Quand le temps se dilue et qu’il rebat les cartes

Qu’il ne subsiste rien des mots qui se formaient

Au moment de l’envol

Quelque chose de moi, mes perceptions sans

doute

Mes torrents intérieurs, domptés ou débordants

Sont décalés d’un coup

Tout se rassemble alors, et la vie s’évapore

Momentanément

J’en ai écrit des livres, dans cet espace-temps

***

7

C’est un moment qui s’éternise

C’est une histoire et c’est encore

Presque rien comparé aux douleurs du monde

Cette année mise

Entre nos corps

Comme s’éteint sensiblement

Tout le sensible de l’avant

L’amour s’est tu sans le savoir

Était-ce bien le hasard

Qui met l’ amour dans les histoires

Ce qu’on croit, et c’est encore

Un set et match, ne matchant plus

Cette année mise

Entre nos mots

Qui nous disaient qu’on s’aimerait

C’ était un rêve, dans l’immensité du monde

Mais une année suffit à transformer les

atmosphères

Et le parfum de l’air

Malgré cette année c’était nous

D’hier à demain malgré tout

Extraits de  » Une éternité provisoire  » Editions Unicité, Collection Le Vrai Lieu, 2020

Plus d’infos : http://editions-unicite.fr/auteurs/VINCENOT-Matthias/une-eternite-provisoire/index.php

MATTHIAS VINCENOT

Plus d’infos : https://www.matthias-vincenot.fr/biographie/

Anne Barbusse

dans ma prison

un oiseau chante

il m’appelle

– je ne peux pas lui dire que je ne peux sortir

je ne peux pas le lui expliquer

que l’existence est longue

que les heures sont longues à l’hôpital

incommensurables dans la cellule d’isolement

de toute la longueur réunie de douleurs enfouies

les cloches sonnent des heures perdues

les cloches sonnent la vie arrêtée

que reprenne notre double appartenance

à la vie en route

huit pas en moyenne pour la longueur de la cellule

le fenestron tellement rayé qu’ opaque et trouble

ongles de colère

et toute ma folie qui monte sans air

par la fenêtre grillagée aux barreaux stupides et bas

(…)

Extrait de « Les quatre murs le seau le lit » Editions Encres Vives.

Collection Encres Blanches. Plus d’infos : https://encresvives.wixsite.com/michelcosem/edition

ANNE BARBUSSE

Marie-Anne Bruch

La folie a commencé une fin d’après-midi de printemps, alors que j’étais en train de réfléchir intensément depuis plusieurs heures, assise sur mon canapé-lit. Je cherchais une explication raisonnable à toute la succession de malheurs qui m’avaient frappée durant les quinze mois précédents. Mais ces réflexions raisonnables tournaient en rond ou se heurtaient à un mur, et ne menaient à aucune conclusion profitable, qui aurait pu me sortir de mon marasme.

Et puis ma pensée a pris des chemins de traverse jamais explorés jusque-là, des chemins insoupçonnés qui se sont brutalement ouverts devant moi. Comme si le mur contre lequel ma pensée cognait depuis des heures s’était soudainement effondré et que je voyais enfin la lumière de l’autre côté.

Sensation d’élargissement du monde mental.

Sensation physique de décollage après une longue période d’accablement.

L’idée d’un complot apparaît brusquement comme une révélation qui prend la place de toutes les réponses insatisfaisantes que j’avais trouvées jusque-là. Sensation d’avoir repoussé les limites de la pensée, d’avoir eu, jusque-là, une pensée bornée et mesquine qui se contentait de réponses sans envergure. Sensation d’avoir découvert une vérité, d’être entrée dans un monde nouveau où tout semble possible.

Quelque chose comme une ivresse qui donne envie de pousser l’aventure plus avant.


On ne pense pas à faire machine arrière.

***

Concerto pour flûte et harpe, 2è mouvement, Mozart -1778

Si les anges existent, et si certains d’entre eux sont musiciens, c’est probablement ce morceau qu’ils jouent. Mais ces anges ne se présentent pas comme des créatures inaccessibles qui vous jugeraient du haut de leurs sphères célestes, au contraire ils se mettent à votre portée, vous protègent et vous écoutent amicalement, tendrement.

Cette musique vous incite à aimer la vie terrestre et à accepter les choses telles qu’elles sont, sans vous plaindre, et avec une joie pleine de détachement. Elle incline la tête et vous montre la voie de la sagesse, qui est celle du repos de toute ambition et de tout désir.

Musique d’un Eden paisible, elle ignore la déchéance et la mort, puis déploie ses ailes pour nous survoler, dans la plénitude d’une transcendance souriante.

Extraits de  » La portée de l’ombre  » Editions Rafael de Surtis, 2020. Collection Pour un ciel désert.

Plus d’infos : http://www.rafaeldesurtis.fr/index.php?categ=accueil

MARIE-ANNE BRUCH

Plus d’infos : https://www.babelio.com/auteur/Marie-Anne-Bruch/515193

Son site : https://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Gérard Le Goff

Les années-lumière

T.S.F.

Dans le salon du logis familial trônait le poste de T.S.F. Un imposant modèle à lampes carrossé de bois clair et de bakélite. La télévision, ce serait pour bien plus tard.

A l’heure du déjeuner, on écoutait des chansons et les dialogues de Sur le banc. Après les réclames et juste avant les Dernières nouvelles de demain éclatait le générique de Ca va bouillir ! Geneviève Tabouis lançait ensuite son célèbre : « Attendez-vous à savoir… ».

Le soir, on ne manquait pas le feuilleton La famille Duraton. On faisait l’obscurité pour nous croire dans une salle de spectacle. Sur la façade de l’appareil, une lampe mystérieuse s’allumait, dotant l’assistance comme le décor d’une aura verdâtre.

Œil magique,

Eclaires-tu vraiment de ta lumière verte :

Vatican, Vienne, Londres, Limoges,

Paris, Prague, Sottens, Monte Carlo,

Budapest, Maroc, Andorre et Luxembourg ?

Œil magique,

Que vois-tu à travers ta pupille verte ?

Nous dans la nuit,

Comme perdus, assis dans le salon,

Au milieu de l’univers.

***

Les Indiens

Entre les enfants, les combats firent longtemps rage. Les Crows contre les Sioux. Ceux qui s’écorchaient les genoux à la margelle du lavoir, là-bas, derrière la barrière, avant le rang de hêtres, dans cet autre pays perçu comme un trou bleu dans la nuit des feuilles. Cavale de métal et arc d’osier. Flèches de jonc sec. Pas de quartier. Et le soir, double ration de mercurochrome.

***

Jungle

Pour se rendre à l’école, il fallait emprunter un long chemin de terre et de cailloux, une marche poussiéreuse que tempéraient des haies de chèvrefeuille grâce à la clarté sucrée de leurs fleurs blanches.

Pour nous retarder, à mi-route, à l’orée d’une clairière attendue, une barrière délabrée nous cédait le passage. Elle nous permettait de pénétrer dans une jungle de haut sainfoin, d’où jaillissaient des constellations de papillons.

Extraits de  » L’élégance de l’oubli » Éditions Encres Vives. Collection Encres Blanches.

Plus d’infos : https://encresvives.wixsite.com/michelcosem/edition

GÉRARD LE GOFF

Gérard Le Goff travaille la prose (roman, nouvelles), la poésie, le dessin et la peinture. Pour en savoir plus, voir son site :

Gérard Le Goff : Amers & compas,

https://gerardle-goff4.wixsite.com/monsite

Bernard Grasset

Bernard GRASSET, BRISE, Jacques André éditeur, coll. Poésie XXI, 2020, 44 p., 13 €

Dans la poésie de Bernard Grasset les mots se heurtent, se confortent, s’imbriquent avec violence parfois mais également avec une complicité entretenue par une véritable passion. Position de négation ou d’action selon le poète.

Lyrique de haut vol, Bernard Grasset grandit la proximité des mots grâce à leur seul assemblage situé à l’endroit exact qu’il a choisi afin de leur donner cette vérité qui ne supporte aucune faiblesse.

Cette tension, comme toute autre action, donne aux mots leur autonomie et donc leur force. Un simple énoncé parvient à créer une vérité poétique qu’il est hors de propos d’éviter.

L’érudition de Bernard Grasset se déploie ici avec une grande facilité et sa poésie en hérite toutes les richesses, toute les subtilités que l’on aimerait trouver chez d’autres créateurs.

Un ouvrage de réflexion aux nombreuses retombées.

JEAN CHATARD

Plus d’infos : http://www.jacques-andre-editeur.eu/web/ouvrage/442/+Brise.html