Aline Recoura

La goutte d’eau ça sert à la pluie

le chaud de ma peau

mes joues rouges

mes mains sales

mes bottes de boue

mes jouets dans les poches

bouts de papier

bouts de plastique

bouts de jouets

bijoux cassés

billes perles trésors

comme les oiseaux

chez mon papa

sur son téléphone

***

Son petit-fils

à sa gauche

ou sa droite

chibani

il marche vers l’école

tous les matins

je les double

juste à l’heure

j’accélère le pas

entre nous

quelques mots

traversent le jour qui se lève

le froid ou le brouillard

grand-père pleure

son petit-fils n’a pas dormi de la nuit

il a trop mal aux dents

maman au travail la nuit

grand-père pleure

son petit-fils au début

avait peur du dortoir

Sami Amor

l’amour de son grand-père

Extraits de « Scènes d’école  » Éditions Le Lys Bleu, 2021.

Plus d’infos : https://www.lysbleueditions.com/produit/scenes-decole/

ALINE RECOURA

Plus d’infos : https://www.recoursaupoeme.fr/auteurs/aline-recoura/#:~:text=Aline%20Recoura%20est%20enseignante.,po%C3%A9sie%20en%20envoyant%20des%20po%C3%A8mes.

Anne- Marielle Wilwerth

Que va-t-on retenir

de l’indicible

sinon qu’il invitait les mots solaires

à chaque cérémonie du vrai

***

Une voix même éloignée

peut écorcher l’âme

et y laisser

des échardes rebelles

***

Artisans de l’inouï

nous n’avons pas encore fini

de façonner

le fugace

***

Nos mémoires esseulées

ont la buée fragile

Comment les emmener

vers le silence absolu

Extraits de « Les miroirs du désordre ». Editions Le Taillis Pré, 2021. Encres d’Eric Hennebique.

Plus d’infos :

https://editeurssinguliers.be/editeur/taillis-pre/

ANNE-MARIELLE WILWERTH

Plus d’infos : https://maisondelapoesie.be/poetes-list/wilwerth-anne-marielle/

Jan Paremski. Bonaventure Rosa

CHEZ MOI

Les changements que j’attendais

ce n’est pas moi qui vais en profiter

peut-être une voisine

peut-être un voisin

je reste heureux de leur sourire

de leur serrer la main

Moi le quartier

je vais devoir le quitter

il faut digérer

Ces chantiers – c’est pas pour moi

c’est pour d’autres personnes

qui s’installent déjà

Des personnes qui travaillent

parce qu’il y a trop de chômeurs ici

mais j’aurais préféré que ce soit le travail

qui vienne à nous – pour que je reste aussi

Boutiques de mode, salle de concert

jardins partagés, trame verte

tout ça n’était pas nécessaire

pour nos mères et nos pères

Cette terre autrefois déclassée

est devenue un terrain prisé

qu’on reprise sur les misère d’hier

Comme si la culture populaire

n’avait pas d’attachement

pour les murs qui l’ont vu grandir

même si c’était en emprisonnant

***

LE PILORI URBAIN

Et nos enfants dans les vallées de chemins

ont trouvé un autre usage des cailloux

pour se perdre dans les carrefours

au loin des résistances en murmures

Et nos enfants, prisonniers de rivières

où ont coulé nos fiertés

entre des lits barbelés

dans des courants contraires

Et nos enfants, dérivées incendiaires

pépites de corons fleurs du ciments

joyaux d’amande et de jasmin

martyrs sur l’autel scolaire, au pilori urbain

Et nos enfants, trop jeunes pour porter

les mémoires et les souffrances

du confinement arbitraire

Et nos enfants, dont la langue est de Molière

sertie de Tahar Ben Jelloun, de Yacine Kateb

entendent la haine dissimulée même

Extraits de  » Ici la mer n’est plus » Éditions Les Étaques, 2019.

Plus d’infos : https://lesetaques.org/2020/01/29/ici-la-mer-nest-plus/

JAN PAREMSKI

Travailleur social.

BONAVENTURE ROSA

Enseignant en Histoire et Géographie.

Tous les deux , poètes.

Plus d’infos : https://lesetaques.org/

Florence Noël

ce que nous devons

à cet enfant

la pomme

et la faim verte

les feuillages

l’or où meurt l’été

l’émotion

innommée à son

surgissement

les délices

et nous le tuons

chaque jour

en chantant

– traîtres méthodiques –

des hymnes à la

raison

***

loup

enrubanne ton ombre

à leurs chevilles

sinue parmi les souffles

gravides de peur

plante ton oeil

bille de plomb

dans leur tête

superbe hurle

l’hallali

des hommes

aux abois

ils ont perdu :

tu ne mourras

qu’au jour des terres

sans contes

Extraits de « Assise dans la chute immobile des heures » Illustrations de Gwen Guénan.

Éditions Bleu d’encre, 2021.

FLORENCE NOËL

Poétesse Belge.

Plus d’infos :

https://www.babelio.com/auteur/Florence-Nol/458193

Valéry Molet

Vautré

Blues, acédie, mélancolie, glande.

On pourrait ergoter ou chipoter.

La nuit a des horizons horizontaux.

Il faudrait être moins ironique pour ce trou,

Cette planète provinciale, ce caca sidéral.

Ce canapé en cuir meugle encore

Sous mon poids contrefait par mon peu d’allant.

Le plafond. repeint récemment, est très mobile.

Seul à valser. La paraphasie, la dyslexie, elles aussi,

S’amusent : seul, « suel » lues et autres combinaisons.

J’aimerais avoir un chapeau de paille sur la tête,

Allongé sur un transat, la mer m’étirant.

Si seulement quelque chose existaitt,

N’importe quoi ou n’importe qui,

Même une revue de grammaire.

***

Le Canal de l’Ourcq

Le canal s’exprime comme un saucisson.

À qui l’on ôte la peau.

C’est très littéraire.

L’eau flegmatique s’amuse moins sans les flûtes

Amphidromes

Les ragondins sont les nouveaux vikings

Pillant les berges

L’eau était plus rapide avant l’ajout des écluses

Je croise parfois deux propriétaires de chiens qui se croisent ;

Ils rient lorsque leurs chiens se reniflent.

Que peut-il y avoir dans la tête d’un homme

Qui sourit à la vue d’un anus canin ?

Imperméable à cet humour à l’image

Des ragondins dont les têtes dépassent

Du paquet de Cotons-Tiges des broussailles

Et de branches échouées.

Le canal fume d’ironie et de libellules

Il mériterait de contourner la Vilette

Et de rejoindre la mer sur une péniche,

Ainsi à aider la Seine à remplir les océans.

Extraits de  » Et moi, je rirai de votre épouvante » Illustrations de Baptiste Carluy. Éditions Unicité, 2021.

Plus d’infos : http://www.editions-unicite.fr/auteurs/MOLET-Valery/et-moi-je-rirai-de-votre-epouvante/index.php

VALÉRY MOLET

Écrivain et éditeur.

Christophe Esnault

( … )

Aller au travail au radar

Et au retour ne pas dormir

Écrire des notes sur un carnet

Lâcher deux pages sur Word

Ou dix

Gros avatar de merde

Quand tu chies sur mon monde de création

Quand tu ne veux pas en entendre parler

De çà et des cent films réalisés en 2018

Dis-toi bien qu’il n’y a pas un ‘Tophe Esnault social

Avec qui tu parles cinéma ou politique

Ma vie est vouée à la littérature

Je suis cet homme-là

Si tu veux en voir un autre

Trouve-toi

Un autre pote

Un autre patient

Un autre camarade

Un autre frère

Ce n’est pas autocentré

Être égocentré

Rater aux yeux de mes juges la transmutation du Je

Sublimement

Et refuser le réel

D’un monde qui ne soit pas création

Et on me demande chaque jour de redescendre à hauteur

De ceux qui vivotent

Même si vivoter

Au regard où ils se traînent

Vivoter à côté, c’est vivre dans les nuages

( … )

Extrait de  » Lettre au recours chimique, récit » Éditions AEthalidès, collection Freaks, 2021.

Plus d’infos : https://www.aethalides.com/freaks10-lettre-au-recours-chimique/

CHRISTOPHE ESNAULT

Plus d’infos : https://www.sitaudis.fr/Poetes-contemporains/christophe-esnault.php

https://zone-critique.com/author/christophe-esnault/

Rémy Soual

Quelle date ?

Et ta douce,

perdue dans les limbes

de son sommeil,

quand oseras-tu

toquer à sa porte,

histoire de réinventer

le chiffre deux ?

Longue est l’attente,

quand plus personne ne fait signe,

et qu’aucun ne prend le risque

de faire chavirer

le navire

dans l’océan

de la tendresse ?

Et ta douce,

te dis-je,

tu y penses chaque nuit,

quand l’hiver a glacé les élans,

existence programmée

au confinement.

***

Hors

Hors les murs,

hors les ornières,

rejoindre l’éphémère,

le vivace

effet

éphémère.

Hors soi,

Hors ses rejetons,

gagner

l’effet

papier

verre

où perce

la lumière.

Hors le seuil

hors le cercle,

toucher

la main

de l’étrangère

aux humeurs

passagères.

Extraits de  » Variation(s) 3042  » auto-édition, 2020

Plus d’infos : http://www.larivedesmots.com/

RÉMY SOUAL

Plus d’infos : https://www.recoursaupoeme.fr/author/remy-sou/

Son blog : http://www.larivedesmots.com/

Carole Carcillo Mesrobian. Alain Brissiaud.

Tu dis que le rouge

Attrape les rêves

Et délie les lèvres sombres du doute

Qu’avons-nous partagé

Si ce n’est le grenat de parler

Pour nous taire

Est-ce que les heures alignées sur le nombre des passages

Peuvent graver plus durement le mauve de la nuit

Que cet instant

de quelques plis d’aiguilles dans le fond des pendules

apeurées par la disparition du temps

***

Tu ôtes le dernier vêtement

et je me sens coupable

d’être encore ici à t’écouter

tandis

que tu me donnes à voir la trace sourde

celle-là même

souviens-toi au fond du corridor

toute nue

comme au désert

tu jetais la frange de pudeur

tu viens d’un endroit si vaste et calciné

qu’il en est beau

c’est un baiser d’adieu qui prend toute la place

ô vais-je échapper à tes questions

puissent-elles ne jamais revenir

Extrait de « Octobre » Phb éditions, 2020.

Plus d’infos : https://www.phbeditions.fr/auteurs.html

CAROLE CARCILLO MESROBIAN

ALAIN BRISSIAUD

Plus d’infos :

http://carolecarcillomesrobian.com/

https://www.recoursaupoeme.fr/auteurs/carole-carcillo-mesrobian/

https://www.recoursaupoeme.fr/category/auteurs/alain-brissiaud/

http://www.leshommessansepaules.com/auteur-Alain_BRISSIAUD-577-1-1-0-1.html

Éric Dubois

Nous sommes les poèmes du temps, les mots du ciel, les cris de la pluie, les silences du soleil, les larmes et les rires de l’orage.

Nous vivons des hypothèses et des sempiternelles questions. Nous sommes des pièges dans une histoire à écrire toujours.

Je suis le poème qu’on oublie.

La soif du ciel est l’avatar suprême.

On parle toujours de quelque chose sans parfois en dire davantage. Les mots forment la réalité. La charpente du temps soutient le poids des pensées.

Navigue toujours à vue et n’épargne pas les récifs.

Chaque corps obéit au magnétisme des temps.

Le bruit du monde est pour mes oreilles une chanson familière.

La pierre du langage fonde le désir.

Le mot est peut-être une caméra.

L’oeil exercé sait avant tout.

Il y a quelque chose.

Il y a quelqu’un.

Les cendres remuées emplissent les voix seules. La trajectoire fait l’existence.

***

Nous transitons dans l’après-nuit
dans les plaintes de l’abat-jour

Avec les regard obscur des oiseaux
l’invention du verbe et la sédimentation

Quelque chose de la cloche fêlée
perce la lumière chantre du possible

Un caillou intrus dans le fond
de la chaussure sur le trottoir

Nous dominons la vue le large spectre
il faut déplacer les pions

Et continuer à dire ce qui déjà a été dit

***

On est poussière
au bout de la table

Près de l’assiette

Un chemin tracé
dans la voix

Il faut faire surface

Remplir de sel
l’eau du puits

Dans la nuit nichée
des oiseaux parallèles

Extraits de  » Somme du réel implosif  » Éditions Unicité, 2021.

Plus d’infos : http://www.editions-unicite.fr/auteurs/DUBOIS-Eric/somme-du-reel-implosif/index.php

ÉRIC DUBOIS

Eric Dubois est né en 1966 à Paris. Auteur de plusieurs ouvrages de poésie aux éditions Le Manuscrit, Encres Vives, Hélices, l’Harmattan, Publie.net, Unicité. Responsable de la revue de poésie en ligne et maison d’édition associative « Le Capital des Mots ». Blogueur : « Les tribulations d’Eric Dubois ». Il est aussi l’auteur d’un récit autobiographique «  L’homme qui entendait des voix » paru en 2019 aux éditions Unicité.

http://ericdubois.jimdosite.com

https://www.patreon.com/ericdubois66

http://ericdubois.over-blog.fr

http://le-capital-des-mots.over-blog.fr

http://lecapitaldesmots.fr

Agnès Cognée

III

Les rochers de l’île

Parfois j’y échouais en nages incertaines

Battue par le vent les soirs de tempête

sous les ciels noirs

au creux des rochers je me nichais

m’accrochais à la paroi

L’eau furieusement m’invitait à danser

dans ses flots enfiévrés

Je me serais bien transformée en oiseau

tournoyer au-dessus des abîmes dans un dernier tango

Furieux mon corps aurait fini sa course

sur les pals granitiques

Sur l’île je n’entends que le vent

les voix du large ou de la terre sont rompues

les éclairs masquent la beauté de l’océan

J’aurais pu aimer ce paysage romantique

assise sur un trône de pierre

sous le joug de la reine des enfers

lui succéder un jour

me pétrifier devant les moires encolérées

C’est la nuit après la nuit

tu as invoqué le rempart de l’épée

Tu ne sais pas encore ce que te réserve celui qui t’aime

Il attend que ton besoin s’arrime à ta conscience

dans la petite pièce il prépare le feu
il voudrait bien que tu déshabilles ton cœur
laisse-lui coudre encore quelques poèmes

( … )

Extrait de  » Du ciel » Éditions Le Capital des Mots, 2021.

https://www.lecapitaldesmots.fr/e-boutique/du-ciel.-agnes-cognee./

AGNÈS COGNÉE