Catherine Andrieu

A mon psychanalyste

Sur ta photo je vois un vieil homme. Tu n’as pas cherché à me séduire. Tu n’as jamais triché. Il est quelque chose à l’horizon de ton regard qui m’émeut infiniment. Tu as compris tout de suite pour Paname. Sur ta photo je vois un vieil homme qui ne se soucie pas de son apparence. C’est ce qui te rend beau. Je ne te plais pas mais tu me plais. Tu fais ton job de psychanalyste en arrachant un à un les scarabées de ma bouche. Je tire la langue et je me moque. De moi d’abord. Puis de tout. Ce que l’on peut rire, toi et moi. Je te dis tout. Tu m’as portée dix-huit ans à bout de force. Parfois au bord de l’abîme, souvent même. Il y avait tellement de morts chez moi auxquels je parlais debout sur la fenêtre. Tu m’as ramenée de mes enfers d’énucléation. De mes fantasmagories malades. De ma morbidité constitutive. Un jour je suis venue te voir avec mon oiseau mort dans la poche. Tu ne l’as pas su. Plus tard je l’ai jeté dans le canal et j’ai pleuré, beaucoup. Tu es celui qui m’a guérie de tous mes oiseaux morts. Et, pour Paname, tu n’as pas jugé car l’on ne peut juger le destin. Avoir rencontré mon amour absolu sous la forme d’un chat, petite flamme vive, ô mes candélabres. Il est quelque chose en toi qui m’émeut infiniment et transcende le reste. Sur ta photo je ne vois pas qu’un vieil homme. Tu es magnifique. Je regarde mes mains, celles d’une femme de presque quarante-quatre ans, comme le temps passe.

***

Tes yeux verts maquillés, l’île de mon naufrage

Je ne t’ai aimé qu’avec la perspective de te perdre

Un amour obsessionnel, tragique

Cette douleur de l’amour je ne l’ai connue qu’avec toi

Chaque instant à guetter quand tu partirais

Je t’ai filmé les quinze derniers jours de ton agonie

Tu étais calme, je vomissais mes tripes

Je t’ai entendu bouger juste après ta mort j’ai dit

Toute ma vie j’ai attendu quelque chose comme ça

Tu n’étais qu’un chat amoureux d’une orchidée

Tu n’es plus, elle refleurit.

***

Je regarde les vidéos de ta lente agonie

C’est morbide mais je ne m’en apercevais pas

Que je filmais tes derniers jours, ta mort

Tu ne mangeais plus mais tu ronronnais encore

Cet amour fou tu me l’as donné jusqu’à la fin

Mon amour, mon petit chéri, viens là mon joyau

Je ne manquais pas de mots pour t’appeler

Tu étais toujours contre moi ma peau brûlante

J’ai été marquée au fer rouge à l’endroit du cœur

Le jour où je t’ai ramassé dans cet autobus désaffecté

Séparé de ta mère pour te sauver, toi.

C’était un mois d’Octobre à Charleville-Mézières

Il faisait froid je faisais une exposition de mes tableaux

Et je t’ai mis dans mes bagages. Un mois et demi

Tu étais si petit. Je ne t’ai pas aimé tout de suite

Je ne savais pas encore que tu étais un Tsunami

Quand je l’ai su c’était trop tard je t’aimais trop

J’étais foutue

Extraits de  » Refuge, journal de l’oubli » Éditions Rafael de Surtis, 2022

Plus d’infos :

https://www.rafaeldesurtis.fr/

CATHERINE ANDRIEU

Poète et peintre, elle vit en Charente-Maritime.

Plus d’infos : http://catherineandrieu.fr

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Auteur : Eric Dubois

Ecrivain, poète, artiste, responsable de la revue de poésie en ligne " Poésie Mag " , président de l'association culturelle " Le Capital des Mots ". Photo: © Frédéric Vignale, 2016.

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